Analyse d’une interview de Thierry Ardisson : Tout le monde en parle, émission diffusée sur France 2, le 23 mars 2002.

Lien de la vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=2XpiXYAsuXw

J’ai décidé d’analyser l’énonciation dans une interview de Thierry Ardisson. D’un côté parce que Thierry Ardisson aborde de façon décomplexée n’importe quels sujets, et de l’autre parce son style est très controversé.

Egalement le discours journalistique me paraît intéressant pour les voix qui s’y mélangent. Chacun peut prendre la parole en s’adressant aux allocutaires concernés.

Alors, comment Thierry Ardisson interview sur des sujets sensibles/personnels, dans quel but et pour quel public ?

Dans le but d’analyser la situation d’énonciation de cette vidéo, j’ai identifié ses conditions de réalisation, à savoir :

  • Les énonciateurs : Thierry Ardisson (locuteur principal) et Milla Jovovich
  • Les destinataires des énonciateurs (les allocutaires) : Spectateurs, invités de l’émission
  • Le lieu de l’énonciation : Plateau télé
  • Les déictiques temporels : pour situer le moment de l’énonciation et le moment du récit
  • Les pronoms possessifs et démonstratifs
  • Les verbes

Au début de l’interview, le locuteur commence : « Milla Jovovich vous êtes née en 1975 à Kiev, en Ukraine, à l’époque où c’était encore l’URSS»

Ici, le locuteur capte l’attention de l’interviewé par l’adjectif « vous ». Malgré qu’il y ait plusieurs allocutaires, le locuteur ne s’adresse qu’à une seule personne.

Egalement il y donne un contexte : l’actrice en question est étrangère, née « à l’époque » de l’URSS. C’est un récit.

Intervention de Laurent Baffie qui devient le locuteur à son tour : « Par amour ». Phrase prononcée dans le but d’amuser le public, les téléspectateurs et les invités autour de la table, qui provoque le rire de ceux-ci.

Après une jingle musical, Ardisson reprend l’interview : « Alors, vous êtes la fille d’une actrice qui s’appelle… ». Ici, avec le mot  « alors », le locuteur replace au centre l’interview. Marque un temps de re-contextualisation.

0’28 : Milla Jovovich répond à Thierry Ardisson : « my mom ». Ici, le destinataire devient l’énonciateur. En effet, l’actrice acquiesce ce que vient de lui dire le locuteur principal, en rappelant qu’elle parle d’elle avec le pronom personnel « ma ».

0’45 : « c’est sa mère » : Thierry Ardisson, regarde la caméra afin de réagir à ce que vient de lui dire l’actrice. Ici les destinataires de l’énonciation ne sont autres que les téléspectateurs et le public, car il signifie par le pronom démonstratif « sa ».

0’53 : « Milla Jovovich votre famille quitte l’Ukraine… ». L’énonciateur redonne le cadre, et se sert du prénom afin de désigner son allocutaire, pour former une transition dans l’interview.

1’08 : « C’est presque réussi en même temps ».

Ici l’énonciateur, s’adresse au public, aux téléspectateurs en jetant un coup d’œil à la caméra alors que tout le long de l’interview, Ardisson s’adresse directement à Milla Jovovich.

1’10 : « Alors, à l’âge de 9-10 ans vous commencez à faire des petites publicités, des spots de pubs, vous jouez dans un premier film, et votre carrière, c’est incroyable, débute à l’âge de 11 ans »

Avec les mots : « alors », « premier », l’énonciateur poursuit son récit, toujours en donnant un cadre spatio-temporel, afin que cela soit compréhensible par ses allocutaires.

« C’est incroyable » : sert à donner du relief à son récit, à y donner de la vie, mais surtout à signifier le caractère extra-ordinaire du parcours de la jeune actrice à cette époque.

1’44 : « oui, effectivement, en fait, il jetait… »

Trois mots dit à la suite par le locuteur secondaire (Milla Jovovich), qui affirme ce que vient de lui dire Ardisson par le « oui, effectivement ». Le « en fait » sert de transition dans l’énonciation du récit.

1’55 : « Alors, vous gagnez Milla très rapidement beaucoup d’argent » de la même façon le locuteur principal s’adresse à l’actrice.

Un invité prend la parole : « ça fait combien en euro » : emploi anaphorique qui assure une reprise sémantique : l’argent.

2’07 : « et à l’âge de 15 ans vous avez gagné votre premier million de dollars. C’est à dire qu’à l’époque où les gens de demandent ce qu’ils vont faire dans la vie, Milla se demandait avec qui elle allait signer un contrat voilà ».

Ici, le locuteur utilise des temps de verbe différent pour appuyer le cadre temporel dans lequel se trouve le récit.

« voilà » : mot qui fait office de conclusion.

2’29 : « et votre mère fait annuler le mariage, heureusement qu’elle était là, Milla ! ».

Changement de temps également et personnification : le locuteur veut capter l’attention du destinataire, représenté uniquement dans ce contexte par l’actrice et non pas les téléspectateurs.

« Moi je voulais une carte de crédit » : l’énonciateur, Milla, se désigne.

3’18 : « So, Milla, donc vous vivez à Londres » : Nous sommes encore en présence de mots qui marquent la transition « so » et « donc » en insistant sur le prénom, le locuteur veut capter l’attention de l’interviewé.

4’02 : Après l’incident, Ardisson utilise un verbe comme étant performatif et interpelle un homme du public : « Va la chercher », qui se lève aussitôt.

Thierry Ardisson propose des interviews, dans le contenu, intéressantes car elles sont à la fois empathiques et agressives.

Cependant, comme nous l’avons signifié précédemment, il réutilise les mêmes mots, pour marquer des transitions par exemple, et nous voyons que dans cette interview, il a du mal à capter pleinement l’attention de son interviewé (en la rappelant à l’ordre à chaque prononciation de son prénom), Milla Jovovich, qui se veut très dissipée.

Cependant, il sait re-contextualiser, notamment par des changements de temps verbaux, ainsi qu’avec des indices spatio-temporels.

Fiona Goldstein

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