Hugo entre pudeur et excès

 

Parmi les chef d’œuvres exposés, ce marbre de James Pradier de la Satyre et bacchante, 1830-1834. Mélanie Grondin ©Courtesy Univers du Bronze, Galerie Univers du bronze. Photo : Mélanie Grondin

Parmi les chefs-d’œuvre exposés, ce marbre de James Pradier intitulé Satyre et bacchante, 1830-1834. ©Courtesy Univers du Bronze, Galerie Univers du bronze. Photo : Mélanie Grondin

Du 19 novembre au 21 février, la Maison Victor Hugo lève le voile sur la face cachée du célèbre écrivain, plus obscur qu’il n’y paraît.

Place des Vosges. L’intérieur de la maison Victor Hugo, tout de bois vêtue, est toujours sur son 31 lorsqu’il s’agit d’accueillir ses invités. On suit le cortège qui gravit les marches de l’escalier d’époque. Les planches grincent sous le poids des visiteurs et des journalistes, venus nombreux à l’occasion du vernissage de l’événement. Vincent Gille, le commissaire d’exposition commence la narration de ce nouveau parcours temporaire intitulé « Eros Hugo entre pudeur et excès ».

Le thème ? Presque un oxymore. L’œuvre d’Hugo est réputée comme étant si sage et dépourvue de sens érotique, à l’inverse de la vie de son auteur. Coureur de jupon invétéré, dont ni l’âge ni la gloire n’a su refréner ses ardeurs, Hugo proclamait sans cesse la liberté d’aimer. « Victor Hugo c’est à la fois le créateur de personnages d’une pureté et d’une candeur caractéristiques comme Cosette ou Déa et l’acteur de ses propres aventures amoureuses passionnées et destructrices avec des femmes de caractère telles que Juliette Drouet, Léonie Biard, ou encore Blanche Lanvin » explique Vincent Gille, guide de notre périple.

Cette exposition dévoile l’intimité du romancier dans un itinéraire chronologique qui permet de replacer l’auteur parmi ses contemporains artistes.  Au rythme de l’histoire, nous découvrons des écrits, des feuilles et des dessins de Victor, alliés à des sculptures de Pradier et de Rodin, des peintures de Corot et de Courbet… D’une salle à l’autre, des dessins d’Ingres, de Delacroix ou de Rops et des photographies de Félix Moulin et de Julien Vallou de Villeneuve, nous sont présentés. La mise en relation de cet ensemble d’oeuvres permet d’évoquer et de mieux comprendre l’érotisme du 19ème siècle.

La maison Victor Hugo pousse les visiteurs au questionnement quant au rapport de l’écrivain à l’excès mais aussi à la pudeur. « Dis donc on voit tout, c’est normal ?  » s’interroge Huguette, 74 ans, qui s’approche les yeux écarquillés, de l’aquarelle de Félicien Rops, nommée »Paniconographie ». Sur le dessin, une femme est représentée de dos chevauchant sexuellement un individu mi-homme mi-cheval… perturbant. Non loin de là, on rencontre Claire, jeune étudiante des Beaux-Arts à Paris qui contemple la représentation nue de Victor Hugo figé en statue de plâtre avant 1909 par Auguste Rodin.  » C’est vraiment très surprenant de voir Hugo sous cet aspect de dominant et de conquérant sexuel. Il déclame tellement d’amour avec pudeur dans ses histoires comme Notre-Dame de Paris, que je n’imaginais pas du tout que derrière ce grand romantique, il y avait aussi un grand filou !  » rigole la jeune blonde.

Ici, Victor Hugo devient le dieu mythologique Eros qui gouverne toutes les attractions, celles des astres, tout comme celles des hommes. On comprend qu’il ne s’agit pas de pointer du doigt les déboires amoureux et sexuels de l’artiste mais de mettre en parallèle sa vie tumultueuse à la grande pudeur qu’il a tenu à conserver dans ses œuvres. Une visite réussie qui pourrait choquer toutefois les petites âmes sensibles. Mais à l’encontre des plus effarouchés, Victor rétorquerait en ces mots « Ce qu’on appelle passion, volupté, libertinage, débauche, n’est pas autre chose qu’une violence que nous fait la vie », comme il l’écrit en 1876.

Mélanie Grondin

Informations pratiques :

Plein tarif : 7 euros        Tarif réduit : 5 euros

Temps de visite estimé : 1h15

Adresse :

Hôtel de Rohan-Guéménée

6, place des Vosges

75004 Paris

Horaires d’ouverture :

Ouvert de 10h à 18h du mardi au dimanche sauf lundis et jours fériés.

 

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La Renaissance du Musée de l’Homme

La Renaissance du Musée de l’Homme

Voyage au cœur de l’Humanité

Ce samedi 17 octobre 2015, le musée de l’Homme s’offre à nouveau au public. Situé sur l’esplanade du Trocadéro, l’aile droite du Palais de Chaillot a été rénovée après six années de travaux.

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Entrée du Musée de l’Homme, Palais de Chaillot

Près de 700 000 pièces de la préhistoire à nos jours sont conservées dans ces lieux. Après six années de fermeture, le musée de l’Homme rouvre ses portes et apparaît comme le miroir de l’Humanité. Un musée consacré au partage des connaissances de la science et de la société. On se souvient de nos leçons d’écolier, la frise chronologique retraçait  l’évolution de la vie sur Terre. Un voyage dans le temps et nous voici face à Lucy, plus en chaire, mais en os. Pièce maîtresse du musée, cet australopithèque de 3,2 millions d’années nous submerge d’émotion.  Une autre célébrité féminine,  brillante d’ivoire, la fameuse Vénus de Lespugue, nous dévoile ses rondeurs millénaires. Autrefois, il pouvait affirmer «  Je pense donc je suis »,  aujourd’hui il ne subsiste plus que son crâne, vide de matière, mais gravé à jamais d’épitaphes. De la pénombre à la lumière, le philosophe Descartes éclaire nos pensées sur le chemin de notre visite.

Richesse indéniable du musée, l’exposition de fossiles exclusivement originaux et pour la plupart découverts par des chercheurs français. Le public est invité à suivre la grande marche de l’évolution, et à répondre à trois questions : « Qui sommes-nous ? », « D’où venons-nous ? » et « Où allons-nous ? ». Un parcours humaniste et universel présente l’Homme dans sa globalité. Chaque visiteur pourra, à l’aide d’une multitude d’informations exprimer sa propre opinion. Une scénographie très attractive : une carte du monde sonore nous autorise à tirer la langue et à écouter la diversité linguistique, un écran radiographique défini les origines génétiques ou encore une quantité de tablettes tactiles permettent de vivre des expériences ludiques. Sophie Prada, 43ans, affirme « On apprend forcément de nouvelles choses. Même si on n’est pas un incollable sur la préhistoire, nous nous sentons tous concerné. »

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Visages moulés du XIXème siècle

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Le « mur à langues »

 

 

 

 

 

 

 

Un autre élément incontournable de ce musée : La Galerie des bustes, une cascade de moulages humains faits de bronze et de plâtre rapportés par des explorateurs du XIXème siècle. 90 hommes et femmes issus de différents continents, se retrouvent réunis dans un même lieu caractérisent la pluralité de l’espèce humaine.

L’Homme s’est toujours interrogé sur la place qu’il occupe sur Terre, chaque communauté a appréhendé le monde d’une manière différente. Au-delà des divergences culturelles, on observe beaucoup de similitudes dans les modes de vies, les pensées spirituelles et les activités humaines. Stéphanie Sourget, 34ans, confie « J’ai adoré la représentation des coques de portable dans le monde. C’est encore une autre façon de voir la diversité culturelle ! ». Emblème de la mondialisation, prenons place dans un car sénégalais, engin réformé des anciennes colonies. Investi d’art populaire, il transmettait la culture de son pays à ses nombreux voyageurs.

En dernier lieu, le Musée se consacre un thème à l’avenir de l’Homme. Une série de témoignages enregistrés nous projette dans le futur : l’Homme est le seul être vivant qui continue d’évoluer tout en modifiant  l’environnement dans lequel il vit. A présent, confronté au dérèglement climatique et à la diminution de la biodiversité, le défi de chaque Eco citoyen est de préserver par des actions responsables et quotidiennes le devenir de l’Homme. Aussi, par l’intermédiaire d’une cabine d’enregistrement, il est possible de donner son point de vue et de transmettre sa vision de l’avenir.

Au Balcon des Sciences, les passionnés d’histoire peuvent converser avec des scientifiques. Cet espace permet au visiteur de suivre la progression des recherches actuelles  et de mettre un pied dans les coulisses du laboratoire. Dans l’atrium, une exposition retrace la transformation du palais de 1878 à 2015. La rénovation du nouveau musée a permis la mise en valeur de nouveaux espaces publics dédiés aux expositions, centre de ressources, ateliers… pour un coût de 92 millions d’Euros.

Les trois premiers jours de gratuité ont été un véritable succès pour ce musée dont on espère revoir le public lors de nouvelles découvertes ou d’expositions temporaires.  Dans quelques années on  s’y rendra  pour un  « retour vers le futur » et porter un  regard nouveau sur notre présent.

Texte et photos : Roseanne TOMASINI

Paris-Palais de Tokyo, au Bord des mondes

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Hiroshi Ishiguro – Robot géminoide – Kuka (2014)

  Paris, février 2015. La pluie tombe sur le palais de Tokyo. Aucun skateur, les marches du bâtiment sont silencieuses. À l’entrée du musée, invitation du portier à ôter sa capuche. Dehors, dedans. La frontière est sensible. L’atmosphère change à l’intérieur. Soudain, surprise : interpellation d’une amie qui travaille au palais, et après quelques mots, m’oriente vers Le Bord des mondes.

Dans cette nouvelle exposition, Tokyo interroge les frontières de l’art, Tokyo bouleverse les barrières de la création. Le musée fait la lumière sur des artistes non conventionnels, qui transcendent les codes du monde de l’art, du monde tout court.

Sensation forte avec Camp Kill Yourself. Dans une salle noire défilent en boucle des vidéos du collectif. Dans un esprit « Jackass », enchainement de voltiges délirantes. Le corps est en danger, la douleur fait partie du concept. Repousser les limites d’acceptation de la violence est l’enjeu pour les cascadeurs comme pour les spectateurs. Face au risque, le rire l’emporte. Contraste vital.

L’émotion est différente chez Rose-Lynn Fisher. L’artiste est fascinée par la structure microphotographique des larmes. Dans Topography of tears, elle présente les « vues aériennes » de plus d’une centaine de larmes. « Aberration » : chaque image est unique, il n’y a pas deux larmes semblables. L’artiste montre la multitude des territoires émotionnels et la complexité des sentiments qui nous traversent.

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Rose-Lynn Fisher – Structure d’une larme

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Rose-Lynn Fisher – Structure d’une larme

Ces sentiments, Jesse Krimes les fait voyager. Pendant son incarcération, à sa manière, il traverse les frontières. Il découpe les portraits des détenus dans le journal. Il les transpose ensuite sur des savonnettes qu’il dissimule dans des jeux de cartes. En trompant la vigilance des gardiens, Krimes envoie ces portraits cachés vers le monde extérieur. Là où l’existence de ces hommes n’est plus connue, Jesse Krimes la réaffirme. Avec délicatesse, l’artiste interroge les limites de la condition humaine.

Hiroshi Ishiguro, chercheur en intelligence artificielle, s’intéresse à la nature humaine. Il crée des robots « géminoides », conformes à l’apparence et au comportement humains. Ces « machines » aux lèvres humides, aux yeux vifs et aux cheveux brillants bouleversent les frontières de l’humanité. Un guide du palais raconte que l’artiste a également créé son propre clone. « Il a pris l’habitude d’envoyer le robot à des conférences à sa place en le téléguidant à distance », précise-t-il. Mais l’enjeu du travail d’Ishiguro dépasse l’innovation technique. Il souhaite avant tout comprendre l’humain et sa raison d’être. Si la nature humaine peut être reproduite artificiellement, existe-t-elle vraiment ?

Kenji Kawakami, lui, est inspiré par le consumérisme. Il invente les « chindogu », objets insolites, absurdes, inutiles et uniques. Casque amplificateur de bruit, réveil individuel, parapluie pour appareil photo, anti-canular téléphonique, etc. À l’ère du matérialisme exacerbé, les frontières s’effacent entre besoins primaires et artificiels. L’ironie émanant des œuvres de Kenji Kawaka traduit la volonté de l’artiste de renforcer les frontières du mode de consommation.

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Kenji Kawakami – Parapluies pour chaussures

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Kenji Kawakami – Vêtement/Serpillère pour bébé/adulte

Au « consommer utile » s’oppose La Société des Ambianceurs et Personnes Élégantes, qui revendique l’importance de l’apparence. Ce mouvement rassemble les adeptes de l’art vestimentaire, autour de la « Sapologie », science promouvant le vêtement en tant que langage et oeuvre d’art. L’identité du « sapeur » implique une certaine éloquence et une forme de condescendance. Rebecca Lamarche-Vadel, commissaire de l’exposition, explique que des sapeurs d’influences divergentes ont d’ailleurs perturbé le vernissage. « Ils allaient en venir aux mains, mais s’en sont dissuadés, de peur d’abimer leurs vêtements », dit-elle en souriant.

Allez, on s’encapuche, les marches du palais sont réveillées.

La balade mérite d’être poursuivie dans Le Bord des mondes. Seize autres artistes continuent de questionner les frontières de l’art jusqu’au 17 mai.

Charlotte Zaccarini

Sources images : personnelles

Publications envisagées : Telerama, Exposition, Time Out Paris.

Les splendeurs des Han enchantent la Ville Lumière

Une cuirasse impériale datant de la Dynastie Han (206 av. J.-C.–220 ap.J.-C.) composée de 4248 plaquettes de jade reliées l’une à l’autre par 1576 grammes de fils d’or est arrivée sur les rives de la Seine pour la première fois. Une centaine de pièces rarissimes provenant de 27 institutions prêteuses chinoises se trouvent également dans cette exposition intitulée «Splendeurs des Han: essor de l’empire Céleste» qui se déroule au Musée national des arts asiatiques-Guimet du 22 octobre 2014 au 1er mars 2015.

Basée sur un ordre chronologique et divisée en 3 grandes parties, cette promenade rétrospective témoigne des multiples facettes de la société des Han, une période essentielle pour la formation de la culture chinoise pendant laquelle l’une des plus grandes inventions de l’humanité, le papier voit le jour.

Le linceul de jade. Fouillé 1995, musée de Xuzhou.

Le linceul de jade. Fouillé 1995, musée de Xuzhou.

La première partie illustre le faste de la cour de l’époque à travers des objets exhumés dans la Mausolée Yangling–la seule tombe impériale des Han jamais fouillée par des archéologues. Des figurines de fantassins, un carillon de cloches en bronze et un brûle-parfum raffiné sont les objets-phare de cette partie. Destiné à préserver la dépouille du roi afin d’accomplir l’immortalité de son âme, le somptueux linceul de jade se présente comme un emblème de la technique des lapidaires et des orfèvres de l’époque. Anne-Laure Bodin, etudiante de 21 ans en histoire de l’art à l’École du Louvre déclare: «En première année à l’École du Louvreon étudie l’archéologie chinoise et j’ai vu ce linceul de jade en photo et c’était même un sujet de mon examen. Du coup, j’avais très envie de venir le voir quand j’ai appris l’ouverture de cette expo. C’est une grande chance de pouvoir avoir ça à Paris.»

Nous nous approchons ensuite vers la route de la soie qui favorise les échanges commerciaux entre la Chine et ses puissances voisines et qui s’agrandit au point d’englober le continent asiatique et le bassin méditerranéen. Pas étonnant qu’une senteur encore plus exotique commence à s’installer autour de nous: ce qui nous attend en route, ce sont plusieurs pièces de monnaie portant une inscription dérivée du grec et une ceinture à motif occidental.

Les deux poids en bronze en forme de léopard sont destinés à être posés aux quatre coins des nattes afin d’éviter qu’elles s’enroulent ou se cornent. Fouillés 1968, musée provincial du Hebei.

Les deux poids en bronze en forme de léopard sont destinés à être posés aux quatre coins des nattes afin d’éviter qu’elles s’enroulent ou se cornent. Fouillés 1968, musée provincial du Hebei.

La dernière partie a pour thème un aperçu de la vie quotidienne de Chang’an (Xi’an), la ville capitale des Han. Des fragments de la robe Han, des objets de toilette, des figurines en terre cuite, des manuscrits sur papier éclairent la prospérité sans précédent de la société des Han. «Moi, personnellement, je suis impressionnée par une paire de poids de natte en bronze parce qu’elle m’a évoqué le motif de léopard de Louis Vuitton. J’ai visité une exposition consacrée au même sujet quand j’étais en Chine mais il n’y avait pas de thème précis et je n’ai pas compris grand-chose. Mais cette fois, j’ai appris pas mal de choses sur l’histoire et la culture de mon pays.» raconte Ji Fu, étudiante chinoise de 23 ans à l’École du Louvre.

Que l’on soit un fervent admirateur de la culture chinoise, un fanatique de l’archéologie, un habitué aux musées parisiens ou un expatrié chinois nostalgique, cette découverte inédite de la Belle Époque de l’ancienne Chine est incontournable en cette fin d’année. De nombreux spectacles, conférences et projections de films seront également organisés autour de cette exposition.

Pour plus d’informations, veuillez consulter le site du musée Guimet:http://www.guimet.fr/fr/expositions/expositions-a-venir/splendeur-des-han-lessor-de-lempire-celeste

Ruoyan Liu

Publications visées: le Figaro(rubrique culture), presse gratuite(Direct Matin, 20 Minutes), sites Internet (sortir à Paris etc.)

Source des photos:  la photo à la une: SinaWeibo       les photos dans le texte: Ruoyan Liu

« Pixar : 25 ans d’animation » : bientôt le clap de fin !

Inaugurée le 16 novembre 2013, l’exposition « Pixar : 25 ans d’animation » a déjà vu passer plus de 120 000 visiteurs au sein d’ART LUDIQUE Le Musée. Pour ceux d’entre vous qui n’ont pas encore sauté le pas, sachez que l’aventure se termine le dimanche 2 mars. Il n’est donc pas trop tard pour vous rendre à cette exposition de qualité dont la popularité ne tient pas seulement qu’au succès du studio. Respectant l’art de Pixar, elle saura satisfaire petits et grands…  

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Forte de ses 500 œuvres, l’exposition s’affiche au sein d’ART LUDIQUE Le Musée, « premier musée au monde dédié à l’art de l’Entertainment ». Fraichement installé – le musée a été inauguré avec l’exposition –  au sein de la Cité de la Mode et du Design, cet OVNI vert sur les quais de Seine à deux pas d’Austerlitz propose des locaux hermétiques à la lumière extérieure, permettant une immersion totale au sein de l’univers présenté. Et ce ne sera pas notre imagination, très sollicitée lors de cette exposition et aussi enfantine qu’elle soit, qui s’en plaindra.

Introduite par quelques mots de John Lasseter, directeur artistique des fameux studios d’Emeryville, l’exposition tire son fil autour des trois commandements de Pixar : des personnages attachants, un univers crédible et une histoire fascinante. C’est alors film par film que le studio nous présente les sujets de réflexion apparus sur chacun d’eux. Le chemin du visiteur commence par l’élaboration des personnages avant de s’intéresser à la création des univers. Les œuvres proposées rendent alors compte de la difficulté de créer des monstres attachants pour Monstres & Cie, de la complexité de personnifier les automobiles de Cars ou encore de définir l’univers de couleurs d’un film d’animation comme Les Indestructibles. L’exposition nous plonge réellement au cœur des choix et des étapes de réalisation du studio.

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Mais la réussite de cette exposition tient aussi à la diversité absolument délicieuse des œuvres exposées. L’exposition Pixar, ce sont des story-boards, des études, des colorscripts, des sculptures… Tous réalisés par des outils de création différents : aquarelle, fusain, crayon, résine, collage, gouache, peinture numérique, pastels, marqueurs… Il est difficile de rester insensible face à toutes ces œuvres tant elles expriment leurs charmes éclectiques au fur et à mesure de votre avancée. Le visiteur se retrouve face à un grand panel de savoir-faire du studio et se prend alors vite à comparer l’univers graphique de chacun des dessinateurs tout en cherchant à identifier leurs marques au sein des films que nous avons tous vus et revus. Et chacun, suivant ses affinités artistiques, y trouvera son bonheur.

L’exposition s’achève sur quelques dernières pièces marquantes : des courts-métrages de Pixar souvent méconnus, l’Artscape pour une immersion dans l’univers de l’animation, et enfin, le magique et spectaculaire Zootrope. À ne pas manquer.

À la sortie, Marie, une trentenaire accompagnée par ses deux enfants nous expose « son bonheur de retrouver toutes ces pièces exposées » et « la magie de découvrir les premières ébauches de nos personnages préférés ». Mohamed, accompagnateur d’un centre de loisir, parait tout aussi conquis mais déplore simplement « un manque d’une dimension participative proposée par l’exposition, notamment envers les enfants, qui ne peuvent qu’admirer les oeuvres exposées sans réellement intéragir ».

Malgré cela, allez-y donc avec votre âme d’enfant et amenez vos bambins. Tous passionnés par les films inter-générationnels du studio, l’émerveillement sera tout aussi universel, on vous l’assure !

Horaires : Pour ses deux dernières semaines et face à l’afflux de visiteurs, l’exposition sera accessible tous les jours de 10h à 22h.

Billetteriehttp://artludique.com/billet.html

 

Auteur : Franck MITHIEUX

Publication envisagée : Blogs (Paris, Culture…), Presse écrite (Libération), Presse gratuite

Illustrations : ART LUDIQUE Le Musée

NB : Cette article était écrit pour être publié autour du 20 février, mais je n’avais pas les identifiants pour me connecter à la plateforme.

Vers l’infini et au delà !

Depuis le 16 novembre, petits et grands se pressent dans les différents couloirs du musée Art Ludique afin de découvrir un monde où les jouets prennent vie, où les voitures parlent et où les maisons volent. Bienvenu dans la tête de ces artisans de l’image, ces créateurs à l’imagination débordante qui produisent des univers fascinants dans chacun de leurs films. Pour la première fois, le spectateur est invité à découvrir les premiers croquis de chaque œuvre, des petites vidéos, des story-boards ainsi que des sculptures en résine des personnages qui ont marqués l’histoire des studios Pixar. En effet, l’exposition est divisée en plusieurs parties qui correspondent à chaque dessin animé produit par le studio. De Toy Story à Cars en passant par Ratatouille ou le Monde de Nemo, le spectateur peut apprécier les croquis réalisés au crayon, au marqueur, à la pastel ou bien encore à la peinture numérique et il peut ainsi observer la transformation des personnages et des lieux. De nombreuses citations arpentent les murs du musée et informent le public quant aux idées des créateurs. C’est à l’entrée du musée qu’une citation nous fascine : il s’agit de celle de John Lasseter, le directeur de création du studio Pixar et le grand patron de Disney, car c’est elle qui résume la création d’un film d’animation Pixar. « Ecrire une histoire qui fascine les spectateurs, imaginer des personnages attachants et inoubliables et situer l’ensemble dans un univers crédible », tels sont les trois ingrédients pour faire opérer la magie du studio d’animation. Ces trois axes permettent de créer depuis 25 ans des dessins animés originaux qui offrent des images hautes en couleur et des scènes riches en émotion.

Exposition Toy Story

Exposition Toy Story

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’exposition « Pixar, 25 ans d’animation » n’attire pas seulement les jeunes enfants : elle accueille également des parents ou des grands-parents fascinés par la transformation des personnages et des décors. Serge, 55 ans, affirme qu’il n’est pas venu sous la contrainte de ses petits-enfants : « c’est ma fille qui avait insisté pour aller voir Toy Story dès sa sortie il y a 23 ans mais aujourd’hui je suis venu de mon plein gré car ces dessins animés me rappellent des souvenirs ». Pour Michelle, 44 ans, « c’est l’occasion de découvrir le travail de ces créateurs qui ont un vrai talent artistique ». En effet, cette exposition se visite comme une vraie exposition d’art car elle présente l’évolution d’un personnage tel que celui de Carl dans « Là-haut », un film d’animation qui a reçu en 2010 l’Oscar et le Golden Globes du meilleur film d’animation.

A travers cette exposition, la maison Pixar nous dévoile ses plus belles œuvres. Chaque croquis se trouve être un vrai travail d’artiste et chaque métamorphose des personnages emblématiques du studio tels que M. Indestructible, Wall-E, Woody ou encore Nemo est une surprise pour les spectateurs. Le succès de cette exposition se lit également dans deux salles mystérieuses qui renferment la recette de la magie Pixar. La première comporte un « Zootrope » : cette machine créée en 1867 aux Etats-Unis consiste à faire tourner des séquences d’images fixes dans un cylindre afin de donner l’illusion que ces images sont en action. Dans le Zootrope Toy Story, les plus jeunes s’extasient devant leurs personnages favoris. Alice, 5 ans, n’en revient pas ! « Moi j’aime bien parce qu’il y a Buzz l’Eclair qui tourne vite ! ». Quant aux plus grands, ils sont fascinés par l’ingéniosité de la machine. Christian, le père d’Alice, apprécient beaucoup. « Ça donne un côté ancien à l’animation tout en étant très moderne et très ingénieux ». Dans un second temps, les spectateurs découvrent le « Artscape », une salle où différents dessins et peintures sont projetés sur un écran panoramique. Le numérique crée un effet de mouvement 3D et nous prouve ainsi que le travail des artistes de Pixar dépend énormément de la créativité et de l’imagination.

L’exposition « Pixar, 25 ans d’animation » a encore de beaux jours devant elle puisqu’elle est disponible jusqu’au 2 mars prochain. Les plus jeunes sortent du musée Art Ludique avec de belles images en tête tandis que les plus grands quittent le lieu en se remémorant les moments passés devant ces films d’animation.

Pixar, 25 ans d’animation – Musée Art Ludique, Les Docks

34, quai d’Austerlitz, Paris 13ème.

Source photos : Margot Milia

Publication : Le Parisien

Margot MILIA

Quand Orsay dénude Apollon

William Bouguereau (1825-1905) Egalité devant la mort 1848

William Bouguereau (1825-1905)
Egalité devant la mort
1848

Paris (7ème) – On a souvent dénudé la femme. Dans la peinture, au cinéma, et même plus récemment, la musique invite ses chanteuses à enlever le haut. Mais qu’en est-il de la gente masculine ? Pas grand chose, mais cela ne saurait tarder.

A l’instar de l’exposition du Leopold Museum (Vienne – 2012), premier événement de grande envergure consacré au nu masculin, le musée d’Orsay aborde le thème de la nudité des descendants d’Apollon de manière « savante et amusante », comme le précise Guy Cogeval, président du musée d’Orsay, dans une interview accordée à l’AFP.

« C’est une exposition qui ne se prend pas au sérieux »

Préférant une approche thématique au traditionnel parcours chronologique, « Masculin/Masculin » présente 187 œuvres, de 1800 à nos jours. Entre sculptures, photographies ou encore peintures, le musée invite le visiteur à s’interroger sur le nu masculin, sujet encore très tabou à l’heure actuelle.

Pourtant, dès la Rennaissance, on observe un véritable engouement pour ce sujet, dans un souci de démarche académique : l’artiste se doit de savoir proportionner et peindre un homme. De même, on observe déjà des représentations d’hommes dévêtis dans la Grèce Antique, se voulant la traduction artistique d’un idéal, une sorte de perfection sous forme matérielle.

De l’idéal classique donc, au nu héroïque et en passant par l’homme nu dans la nature, l’exposition « Masculin/Masculin » confronte différentes œuvres et époques, dans le but de questionner le visiteur sur le sujet. Il n’est donc pas surprenant de croiser un colosse d’Arno Breker cohabitant avec trois joueurs de football, visiblement fiers de poser devant l’objectif.

L’exposition en soi se veut donc décalée. Dans la même interview AFP, Guy Cogeval s’explique : « C’est une exposition qui ne se prend pas au sérieux. Il y a beaucoup d’humour dans la présentation ».

Humoristique, certes, mais l’exposition peut éventuellement choquer. Interrogé à propos de la présence d’une représentation du Christ et de Saint Sébastien, Xavier Rey, commissaire de l’exposition, avoue que « Montrer à quel point un Saint Sébastien, figure religieuse, peut être ambigu entre douleur et plaisir, touche à des choses qui sont du ressort de l’intime et cela peut troubler ou choquer certains visiteurs ».

« On ne veut pas tomber dans la provocation, mais on y tombe »

De toutes les manières et au delà de cette dimension choquante, on notera dans un premier temps les critiques qui fusent sur le caractère provoquant de l’exposition. A comprendre ici : la polémique sur le Mariage pour tous qui a ponctué l’année, et les nombreux tableaux de Pierre et Gilles se rapportant à la culture gay.

Interrogé à ce sujet après son passage à l’exposition, David Cornillon, étudiant en histoire de l’art à l’école du Louvres (Paris) comprend les critiques, mais ajoute : « Je pense que c’est aussi intrinsèque à la chose, on aborde forcément Pierre & Gilles donc on rentre déjà dans un cliché. »

Egalement questionné sur cette thématique, Simon Joly, étudiant en ostéopathie à l’institut Dauphine (Paris) ne comprend pas ces critiques : « L’exposition est un hommage rendu à des artistes sur l’art d’aujourd’hui. Il n’y aucune volonté de représenter la communauté gay pour moi dans cette exposition ». Il ajoute qu’il est « hypocrite de rapprocher l’exposition de la communauté gay. Qu’est-ce que la communauté gay ? Elle n’est pas forcément représentée partout. On voit tous les jours des femmes nues, et on ne parle pas de miroir de la communauté hétérosexuelle. »

L’exposition est donc sujette à controverse. Pour David Cornillon, « on a le droit d’aborder l’homosexualité dans une exposition de nu masculin, mais ici, il y a un manque de fond. On ne veut pas tomber dans la provocation, mais on y tombe ».

Dans un cas comme dans l’autre, « Masculin/Masculin » invite donc au débat. Qu’il s’agisse de mettre en avant une communauté, ou simplement pour célébrer un thème très peu abordé dans l’art, l’exposition se veut novatrice et ludique.

Il est encore trop tôt pour savoir si l’exposition fera succès, mais on peut noter les inquiétudes de Guy Godeval, qui concède avoir peur que le musée d’Orsay « perde une partie de son public qui va avoir peur de venir (…). »Je sens une petite réticence des bourgeois bien pensants d’une manière générale. Mais je pense que l’exposition est si belle qu’elle va finir par les convaincre » ». Juste pour le plaisir des yeux.

VALENTE Dylan

Crédit photos : www.musée-orsay.fr

Publication visée : Le Nouvel Observateur