Vifs en mémoire : Madrid et son Patio Maravillas (menaçé!)

En septembre 2014, le collectif du Patio Maravillas, centre social et culturel autogéré situé à Malasaña en plein cœur de Madrid, reçut des avis d’expulsion. Les manifestants, qui protestent depuis le 5 janvier 2015, revendiquent le droit de défendre un espace autant que des activités qui soudent une vie citoyenne et un quartier depuis des années. A Madrid, dont le charme ne tarit quand la crise laisse partout la marque de ses ravages, ces lieux sont des bulles d’air pour beaucoup.

Sur les pas du Patio madrilène

Crédits images autorisés sans but lucratif – Madrid - Calle Corredera Baja de San Pablo.jpg, Wikipédia

Au gré des ruelles de Malasaña, il fait bon goûter les couleurs des façades, s’envelopper du brouhaha émanant des terrasses. Il fait bon bavarder avec une vieille campée sur un banc, observant d’un œil hagard les squatteurs de la place du 2 de Mayo et l’entendre vous parler comme si vous étiez dans la famille. Il fait bon s’engouffrer dans un atelier s’improvisant en galerie au coin d’un café ou écouter les commerçants jacasser, « Oyé tú ! A ver, qué pasa ? ». Au détour des ruelles, coincé entre un hôtel et un magasin de chaussures, le Patio Maravillas, porte son nom comme une bannière discrète. La façade peinturlurée abrite un jeune homme bâillonné chevauchant un oiseau fantastique. J’y suis entrée quelquefois, dans ce lieu hybride et battant, construit de toute pièce dans un immeuble délaissé. Le collectif du même nom l’occupait depuis 2007, date à laquelle il avait dû quitter un autre lieu suite à une expulsion. Au Patio, à Madrid, je n’y suis pas retournée depuis un an. Je me rappelle combien il faisait bon sentir des gens « être à leur quartier ». Alors après avoir entendu les nouvelles des manifestations, j’ai erré dans les ruelles à ma manière, sur internet, pour retrouver le Patio. De clics en numéros de rues, je marchais sur des pas vieux d’un an, clignais des yeux face aux façades encore chaudes de lumière, bourdonnant au son des cris encore vivaces.

Patio Maravillas - 2009-12-10 - Antonio González Tajuelo.jpg

Un espace en partage

Au Patio, tout se passe comme dans un microcosme. Un petit foyer de voisins, de gens venus d’autres quartiers, d’ailleurs, de touristes débarqués par hasard. On y mange, on y débat, on vient écouter des lectures, des concerts, prendre des cours de langue, participer à des ateliers culturels gratuits. Le collectif s’est organisé depuis bien des années pour fournir des aides aux plus démunis, leur apporter des conseils juridiques quant aux démarches de la vie en société. Lieu de vie autant que de fabrique artistique, Le Patio est un espace autogéré. Les menaces d’expulsions ont mobilisé de nombreux manifestants refusant de céder aux menaces du propriétaire et d’abandonner le quartier jadis « populaire » aux mains de la gentrification ; refusant de céder à la crise les instants de partage, de vivre-ensemble qu’elle leur arrache au quotidien ; refusant, finalement, de renoncer aux liens qui les unissent les uns aux autres et qu’ils ne trouvent vraisemblablement pas partout ailleurs. Dans les rues de Madrid et en proche banlieue, nombreux sont ces lieux alternatifs revendiquant l’expérimentation artistique, accessible à tous, le débat et l’aide publics.

Lavapiés et la Tabacalera 

3Ro-Rokenublo, FlickrPlus au sud de la capitale, le quartier de Lavapiés héberge La Tabacalera, une ancienne manufacture de tabac métamorphosée aujourd’hui en un vaste centre culturel. Au pied des rues escarpées ourlées de restaurants indiens, la Tabacalera sonne comme un nom familier parmi les habitants. Embouchant le quartier des Embajadores, ce centre est divisé en deux pôles : l’un appartient à la ville, l’autre est gérée par un collectif. Peuplés de textes et dessins, les murs de pierre sont sonores. Ouvert sur plusieurs cours, cet espace au physique poétique renferme photos, constructions abracadabrantes, installations colorées, pendules loufoques, personnages intrigants, et tout ce que les gens voudront bien créer.

Nostalgie à rebours

Quand j’ai atterri pour la première fois à Madrid, il ne m’a pas fallu longtemps pour faire la nique à la nostalgie contre laquelle certains m’avaient amicalement mise en garde. C’était l’année des Indignados de la Plaza del Sol. Et l’on palpait, jour après jour, l’entre-aide et la sympathie gonflant l’espoir des habitants. Dans cette ville, j’aimais me perdre comme jamais je n’ai aimé autant le faire ailleurs. Des heures entières à longer les avenues bordées de parcs étirés sur le ciel à perte de vue ; à admirer les balcons noirs de fer forgé agrippés aux façades roses, jaunes, orange ; à gloutonner des tapas arrosées de cañas dans ces bars typiques emplis de voix fortes et d’huile d’olive ; à lire sur Madrid Lavapies.jpg, Wikipédia un banc de la place Tirso de Molina au milieu des cabanes de fleurs et des lampadaires à tête courbée ; à croquer les tartines de tomates aillées avec le café con leche du matin. Cette ville, dépourvue du charme monumental des capitales vitrines diraient certains, respire la chaleur. Si El Patio venait à disparaître, ce serait un bout de cette âme qui serait perdu.

Pauline Perrenot

Informations:

El Patio Maravillas, C/ Pez 21 – Malasaña, metro Noviciado.

La Tabacalera, C/ Embajadores 53 – metro Embajadores

Presse généraliste, pages culture ou tourisme.

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Y’a des bulles dans l’air

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La volonté de L’Œil de Jack de promouvoir la BD s’illustre par de nombreux projets dont celui de l’exposition Viva Comics, proposée en exclusivité par L’œil de Jack. Elle se déroulera  du 22 au 24 janvier 2015 à l’Espace Canopy.

Cette exposition prouve le dynamisme de cette jeune association. En effet il y a deux ans naissait l’idée d’une association mettant la Bande dessinée à l’honneur. Ludovic Monnier qui travaillait alors dans une galerie spécialisée dans la vente d’originaux de BD fit la rencontre de Sabrina de Backer. Elle était alors Directrice du Festival L’Ecran s’écrit. Celui-ci était le premier festival sur l’adaptation de la BD à l’écran. Cette rencontre permit de concrétiser le développement d’une association : L’Œil de Jack.

Le but de cette association parisienne est la création d’événements et la promotion des artistes du 9ème art qui « manquent souvent de visibilité » nous confie Ludovic Monnier. Celui-ci président de l’association devient aussi galeriste et chef de projet. Quant à Sabrina de Backer, elle endosse le rôle de chef de projet culturel et artistique.

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En Septembre 2013, l’équipe décide de créer la galerie virtuelle associative, L’Œil de Jack. Elle fut lancée suite à l’exposition Peter Pan qui amena les deux associés au constat de l’existence d’un marché de la bande dessinée non exploité. Il représenterait  une source de revenu non négligeable pour les artistes. « Commencée avec 7 auteurs, la formule prend. Un an plus tard la galerie compte plus de 30 artistes » s’enthousiasme Ludovic. Il n’y est présenté que des originaux : illustrations, planches, dessins inédits et premières de couverture.

L’Œil de Jack se donne pour mission la démocratisation de la Bande Dessinée tout en aidant les auteurs  issus de cet art. C’est pourquoi à terme L’Œil de Jack créera « un centre de promotion et d’accompagnement pour les auteurs émergents en difficulté » explique Sabrina, en les aidant « à s’insérer professionnellement et en améliorant leurs conditions de vie ». Cela passe par la concrétisation de projets artistiques.

L’Œil de Jack  organise également d’autres modes de promotions avec ses diverses expositions comme celle mettant à l’honneur Mathieu Bablet et sa BD Adrastée. La dernière en date celle à l’Espace Canopy (18ème ardt) proposait une trentaine d’œuvres de plusieurs artistes. Par ailleurs, elle permit à l’association d’organiser plus fréquemment des événements. Cela permet de garantir la visibilité des artistes soutenus par l’association et de créer des occasions de rencontres. Les fans, les néophytes et les curieux du 9ème art peuvent ainsi échanger.    

L’Œil de Jack souhaite conserver les échanges et discussions autour de la BD. D’ailleurs pour Angèle Bafounda, ancienne stagiaire- Assistante de chef de projet artistique, c’est aussi une « expérience humaine » qui l’a amenée de plus en plus vers la BD : « Je suis plus attirée par la BD qu’auparavant. Je regarde fréquemment les nouvelles sur ce domaine et je suis devenue accro à Blacksad, une BD découverte durant l’organisation d’expositions ».

L’Œil de Jack est « un concept novateur » car il est « démocratique et tourné avant tout vers l’humain » en s’illustrant dans une « démarche collective avec les auteurs et un engagement à leurs côtés » concluent Sabrina et Ludovic. D’ailleurs ces derniers sont mobilisés à temps plein pour faire vivre l’association et concrétiser leurs projets.

Côté actu, L’Œil de Jack lance en partenariat avec Arty Walrus une ligne de t-shirt en édition limitée. Rappelons l’exposition Viva Comics sur les auteurs hispaniques, programmée du 22 au 24 janvier inclus à l’espace Canopy 75018, partenaire de l’association. Le planning est quant à lui bouclé jusqu’en juin 2015. Gardez l’œil ouvert.

Emmy Le Guern

Source :Ludovic Monnier, Responsable de la galerie et de l’événementiel L’Œil de Jack /  Sabrina de Backer, chef de projet culturel et artistique et accompagnatrice de projets à L’Œil de Jack / Angèle Bafunda, Stagiaire-assistante chef de projet à L’Œil de Jack.

Source photo : Association L’Œil de Jack

Publications envisagées : Dbd Magazine, Lanfeust Mag, L’Immanquable, Canal BD Magazine, Kaboom

Le combat d’un jeune toxicomane sur le chemin de la réinsertion.

Le 27 mai prochain, l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (EMCDDA) présentera sa synthèse annuelle sur l’état du phénomène de la drogue en Europe. Ce dossier d’information multilingue et multimédia sera particulièrement axé sur les évolutions rapides dans le champ, et permettra d’établir un bilan de la prise en charge socio-médicale des toxico-dépendants.

Eric C., 27 ans, dépendant de l’héroïne et sous traitement de substitution depuis 2 ans, suit actuellement un programme de réhabilitation dispensé par une association de lutte contre la toxicomanie. Déterminé à réintégrer la vie active et à retrouver son autonomie, cet ancien ouvrier du décolletage dans la vallée de l’Arve s’accroche aujourd’hui à ce qu’il décrit comme « sa dernière chance ». Qu’est ce qui a amené Eric à suivre ce programme de réinsertion ? Comment a-t-il réussi à surmonter son addiction ?

La descente aux enfers

Eric, alors qu’il n’a encore que 19 ans, entre à petits pas dans le cercle vicieux de l’addiction à l’alcool et aux stupéfiants. Ce jeune ouvrier jusqu’ici sans histoire, découvre son homosexualité et sa difficulté à l’assumer. Le regard des autres, particulièrement celui de son entourage, l’enferme petit à petit dans une forme d’isolement qui devient de plus en plus insupportable. « Tiens, si je prenais un truc, là maintenant ? Je pourrais me détendre et demain je repartirai sur de meilleures bases ».

« Il me fallait ma dose pour me sentir en sécurité. »

Après l’alcool, les amphétamines et la cocaïne, Eric découvre l’héroïne. « J’en ai pris une première fois, pour tester. Il me fallait quelque chose de nouveau, quelque chose de différent. Ensuite j’en ai pris plus régulièrement, pour m’éclater. Je ne pouvais retrouver cet effet avec d’autres produits, je me sentais mieux en quelques minuscules minutes. » De jour en jour, il abandonne ses projets d’études et ses rêves pour sombrer dans une dépendance progressive à l’alcool et l’héroïne. « La dépendance est une sensation sournoise, elle te ronge alors que tu ne t’en rends pas compte. Elle te fait croire que si tu en prends plus, c’est parce que tu en as envie, parce que tu l’as voulu. Mais c’est elle, derrière tout ça, qui commande. »  Paralysant ses émotions, oubliant ses valeurs, ce jeune homme s’engouffra petit à petit dans une spirale infernale : « Il me fallait ma dose pour me sentir en sécurité. Sobre, j’étais anxieux et dépressif. Je n’espérais plus rien de la vie, ni réussite, ni amour, ni aucune autre forme de bonheur. »

Eric ne se souvient pas comment il est arrivé à une consommation régulière et quotidienne d’héroïne, pouvant aller jusqu’à une vingtaine de shoots par jour. « Je ressentais le manque dès mon réveil, au point d’avoir des nausées insoutenables jusqu’à ma première prise ». Chaque jour pendant 6 ans, il s’éveille avec pour seul objectif celui de satisfaire un manque physique et psychologique, répondant à la dictature de son propre corps. « C’était comme si j’étais devenu quelqu’un d’autre » avoue-t-il, non sans honte. « J’étais beaucoup trop naïf de penser pouvoir arrêter par moi-même après toutes ces années ».

Après une tentative de sevrage d’une semaine, la sensation de manque, les crises de larmes, les tremblements, les angoisses et les nausées, Eric reprend sa consommation de plus belle. « J’alternais entre les périodes de sevrage que je m’imposais, et les moments où je replongeais. Mais je finissais toujours par craquer. »

A la fois conscient de sa dépendance et impuissant face à ce qu’il refusait de reconnaître comme une forme de toxicomanie, Eric perd son emploi à l’usine de décolletage et finit par tomber dans la délinquance pour subvenir à ses besoins. C’est ainsi qu’il se lance dans le trafic de stupéfiants : « Au bout d’un moment, si tu consommes, tu finis par dealer, tu trafiques des ordonnances. Ca devient presque une nécessité ».

A 24 ans, condamné à 1 an de prison ferme pour faux et usage de faux, Eric découvre l’univers carcéral : « La prison, ça me faisait peur. Je ne savais pas comment j’allais réagir. On est enfermé, on n’a pas d’activités et puis la drogue circule tous les jours devant nos yeux ».

De la prise en charge médicale au placement en famille d’accueil

Aujourd’hui, Eric, 27 ans, silhouette fine et l’allure soignée, a l’air d’un mec « normal » qui a repris confiance en lui. C’est le sourire en coin qu’il nous rejoint place Jean Deffaugt à Annemasse (74), à la fois fier de son parcours et marqué par ses années de galère. Mais même dans ses périodes les plus sombres, le jeune homme reconnaît avoir toujours su valoir mieux et plus qu’une simple dose : « Au fond de moi, j’étais sûr qu’un jour tout cela serait du passé ».

En septembre 2011, suite à une hospitalisation, Eric C. est orienté vers le centre d’accueil APRETO (Association Pour la Réhabilitation des Toxicomanes) à Annemasse (74). Pris en charge par cette structure à la fois sociale et médicale, il prend la décision de débuter une psychothérapie avant d’envisager un traitement médical : « Je ne voulais pas prendre de médicaments. Pour moi, mon problème était dans ma tête. »

Encadré par des équipes de professionnels tels que des éducateurs spécialisés, des psychologues, des médecins ou encore d’anciens patients aujourd’hui sevrés et réinsérés, Eric C s’est senti tout de suite entre de bonnes mains. « Les intervenants ont essayé sans relâche de me convaincre que j’étais toxico. Je n’acceptais pas ce mot. Je crois que c’est au moment où j’ai commencé le traitement que j’ai été forcé de le reconnaître. »

C’est en janvier 2012 qu’il commence un traitement de substitution à l’héroïne appelé « Subutex » qui lui permet dans un premier temps de réduire sa consommation quotidienne, avant d’arriver à un sevrage total. A raison de plusieurs rencontres par mois, Eric C est pris en charge par un psychologue et un médecin de l’APRETO, en vue de son prochain placement en famille d’accueil. « Ces personnes m’ont aidé à composer avec mon addiction à l’héroïne, j’ai appris à vivre avec et à l’assumer ».

Le jeune toxicomane devrait intégrer dans quelques mois une famille d’accueil et de soin, au sein de laquelle il reprendra progressivement des repères et retrouvera une certaine autonomie qui lui permettra de se réinsérer. C’est rassuré qu’Eric décrit son nouveau foyer : « Je vais me sentir compris, et pas jugé. » Il prévoit dans un premier temps de se lancer dans une recherche d’emploi, et envisage même de commencer une formation de technicien informatique.

«  Pour moi, ce programme de réinsertion, c’était comme une issue de secours »

Le programme de réhabilitation de l’APRETO a permis à Eric d’assumer sa toxicomanie et de rencontrer d’autres usagers qui comme lui, ont réussi à surmonter leur dépendance. C’est confiant qu’il aborde son arrivée en famille d’accueil et la poursuite de son traitement, « j’ai le sentiment que le plus dur est derrière moi » nous confie-t-il. Même s’il est difficile pour un héroïnomane de faire la paix avec ses vieux démons, Eric se sent aujourd’hui loin de l’enfer de la dépendance. En discutant, il revit un malaise qui le secoue. Pour passer au travers, il pense à son avenir, à sa famille et à ses nouveaux objectifs.

Eric espère bientôt retrouver une vie saine, sobre et un rythme normal, même s’il est conscient que de nouveaux obstacles vont se présenter : « Se réinsérer, ce n’est pas automatique. Parfois j’aurai peut être envie de tout lâcher et de reprendre ma vie d’avant mais je tiendrai bon. »

Le programme de réhabilitation que suit Eric comporte plusieurs étapes dont la première est le soin, la dernière étant la réinsertion socioprofessionnelle. Certains critères sont importants pour juger du succès d’une normalisation : amélioration de l’état de santé du toxicodépendant, régularisation dans le monde du travail, relations étroites avec des proches en dehors du milieu de la drogue…

En regagnant son estime personnelle, ce jeune toxicomane semble plein d’espoir et de projets, sur la pente ascendante vers une vie « sans ».

Thomas Foureix

Site Internet APRETO : http://www.apreto74.com/

Publication : huffingtonpost.fr

Crédits photos : http://www.journalderosemont.com http://2.bp.blogspot.com

SOLICARE, une association d’étudiants qui vient en aide aux jeunes népalais

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Chloé

               Un peu gênée, Chloé commence par m’expliquer qu’elle est ravie de me parler de son expérience, tout en insistant sur le fait que cela n’a rien d’extraordinaire. Chloé, étudiante en troisième année de droit à l’université de Versailles Saint-Quentin, espère devenir un jour avocate en responsabilité médicale ou directrice d’hôpital. Intriguée par cet attrait pour le milieu soignant, elle m’explique que dans sa famille, tout le monde ou presque fait parti du corps médical. Durant son enfance, Chloé a vécu avec de petits enfants africains venus se faire opérer en France, recueillis par ses parents. Confrontée très jeune à la misère, elle m’explique avoir rapidement eu un sentiment de devoir envers les plus défavorisés : « A 12 ans, alors que j’étais au Sénégal, je suis allée dans des villages très pauvres et perdus, loin de tout, avec mes parents pour apporter de la nourriture, du matériel scolaire et des jeux pour les enfants. A 15 ans, en allant voir ma sœur ainée, qui est cancérologue et travaillait dans un hôpital au Cambodge j’ai pu tenter d’apporter mon aide également.  Une de mes autres sœurs alors étudiante en médecine est également allée travailler  dans cet hôpital quelques années après. Mes deux sœurs ainées ont passé deux mois dans un orphelinat en Inde il y a quelques années et ma mère m’a toujours poussée à amener dans mes valises de petits objets que je pourrai donner ensuite. Je pense donc que l’humanitaire, sans être une vocation, est tout de même ancré dans ma famille. »

L’atmosphère semble se détendre, surtout lorsque j’engage la conversation sur le Népal. Chloé m’explique que sa passion ne se limite pas au Népal, mais à l’Asie de manière générale. En fait, me raconte Chloé, « j’ai eu la chance de beaucoup voyager avec mes parents depuis que je suis toute petite ; j’avais six jours lors de mon premier voyage ; et je suis devenue très attachée à l’Asie, sûrement car c’est le continent que je connais le mieux, mais aussi parce que c’est un continent très riche humainement et culturellement ». C’est en parti cet engouement qui a déterminé le lieu de la première mission humanitaire de Chloé, mais pas seulement : « De plus, en faisant nos recherches pour trouver une association avec laquelle partir et un pays qui aurait besoin de notre aide nous nous sommes rendus compte que le Népal est un pays où les associations humanitaires sont nombreuses,beaucoup d’enfants sont abandonnés par leurs parents et ne reçoivent aucune éducation scolaire ». Après quelques secondes où je sens Chloé pensive, elle me raconte que d’ailleurs, cet engouement pour le Népal n’a pas toujours été simple à gérer au sein des membres de SOLICARE. Romain, l’un des trois membres, étudiant en géographie à la Sorbonne, aurait plutôt souhaité partir vers le Moyen-Orient, l’Arabie Saoudite. C’est ainsi que nous en venons, dorénavant détendues et libérées des gênes des débuts, à parler de l’association elle-même.

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Romain, Chloé, Axel

            Chloé et son équipe profiteront de leurs vacances universitaires, cet été, pour venir en aide, pendant un peu plus d’un mois, aux jeunes népalais. Pour monter une association, trois personnes doivent au minimum s’associer. C’est ainsi que Chloé (désignée comme secrétaire), s’est liée avec deux autres étudiants, Axel, le président, et Romain, le trésorier. Chloé m’explique avoir eu d’abord besoin de rechercher une association afin de les parrainer, et s’est ensuite tournée vers une petite structure, afin de pouvoir réellement se rendre utile : « S’il a été relativement simple de trouver une association avec laquelle partir, nous en recherchions cependant une à taille humaine, qui ne soit pas simplement une usine à bénévoles, car nous nous accordions énormément d’importance aux relations humaines, tant au sein de l’équipe qu’une fois sur place ! » C’est avec ce double objectif que les trois étudiants ont rencontré les dirigeants de l’APEK (Association Pour les Enfants de Katmandou), structure restée modeste bien qu’ancienne. En fait me précise Chloé, « Bien que nous partions dans le cadre de l’APEK, nous avons crée  notre propre association SOLICARE. Etre associé à l’APEK facilite les démarches administratives. En plus, un potentiel donneur de fonds sera plus apte à donner de l’argent à une association qu’à trois étudiants ! ». Les démarches de financement s’effectuent auprès des mairies, des universités, du conseil général de différentes communes. Mais Chloé m’explique, en rigolant, que tous les dons, peu importe leur origine, sont les bienvenus !

« J’ai été confrontée très tôt à la pauvreté de certains pays et la détresse de certaines personnes, je ne peux donc pas faire comme si tout allait bien, alors que je peux apporter mon aide à des gens qui en ont besoin ».

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La maison de Katmandou

            Puis, Chloé, me raconte que les 28 garçons et 10 filles, entre 12 et 18 ans, qu’elle va essayer d’aider ont été abandonnés et recueillis par les services sociaux népalais. Sur place, pendant que les enfants seront à l’école, elle tentera, avec son équipe, de reconstruire leur environnement quotidien, afin de le rendre plus agréable, et quand ils sortiront de l’école, le contact sera plus direct : aide scolaire, divertissements, mise en place de jeux pour favoriser la cohésion. Le week-end des sorties sont organisées : « Nous irons faire un week-end de trek avec les 12-14 ans et un autre avec les 15-18 ans. Les membres de l’APEK ont insisté sur le fait que les enfants n’ont jamais vu la mer ni la neige. Nous essaierons évidemment de remédier à cela ! ». Me sentant stupéfaite, Chloé m’explique que « le système des castes est très présent et rend difficile la construction de l’avenir pour ces enfants, abandonnés. L’APEK tente de recueillir les enfants le plus tôt possible, afin qu’ils passent le moins de temps possible dans la rue, car cela peut avoir des conséquences physiques et psychiques irrémédiables. Seulement, si les loger et les éduquer font déjà beaucoup, leur offrir la possibilité d’élargir leur culture peu contribuer aussi à leur offrir un avenir meilleur ». Chloé, me voyant tellement fascinée par le courage et l’entrain de cette femme si jeune, termine notre rencontre, me disant, sourire aux lèvres : « Mais tu sais, je suis certaine que finalement, ce sont eux qui vont nous apporter plus que nous ! »

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Photos proposées par Chloé Botti elle-même, et prises avec autorisation sur le site Internet de l’APEK

Atelier Culturel à Clichy

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Karayib west inside (KWI) est une association loi 1901 de la ville de Clichy crée par Harry Kancel En 2011 dans le but de promouvoir la culture outre-mer en proposant des manifestations et en soutenant des évènements culturelle. « Kout tanbou » (coup de tambour) et « Tan Kréyòl » (temps créole) les plus prisés des évènements organisés par KWI sont pour des artistes originaires d’outre-mer de tout milieu et de toutes générations un moyen de s’exprimer, d’innover, de faire connaitre leur art et pour le public de découvrir les différentes cultures des Dom-Tom notamment avec la célèbre dictée créole organisé chaque fin d’année depuis 10 ans.

C’est lors d’une de ses dictées en 2012 que les membres de l’association et Theresya, créatrice de bijoux artisanaux se rencontreront pour la première fois. Un premier contact qui permettra au deux femmes de se familiariser avec l’univers de l’autre et d’entrevoir une collaboration sous forme d’atelier créatif. Cela est possible, car les bijoux de Theresya sont conçus à partir de matériaux naturels principalement issue de son île d’origine la Martinique, mais aussi des tous les autres départements d’outre-mer et d’ailleurs.

La mise en place se fera rapidement et le premier rendez-vous est donné pour le premier évènement le 12 août 2013 à la maison des associations Aimé Césaire de Clichy, pour un atelier Bijoux avec l’assistance de Theresya. Suite au succès de cette première édition, l’opération sera renouveler jusqu’à devenir un rendez-vous mensuel début 2014.

Au programme, deux heures d’apprentissage des bases, familiarisation avec les matériaux et les différents outils et bien sure création de bijoux. Venir avec une idée en tête ou venir pour découvrir, tout est possible lors de ces ateliers où le savoir-faire d’une créatrice est mis à disposition de ceux qui le désire. Ces ateliers sont une façon ludique de transmettre un savoir-faire ou bien d’exprimer sa créativité, à travers des matériaux tropicaux pour la plupart.

Pourtant, il ne faut pas nécessairement être passionné des cultures d’outre-mer pour assister à ses ateliers, ils sont ouverts à des personnes et tous âges et tout horizon. Severine Damvill a participé à un de ses ateliers avec sa fille Maelys  âgée de 8 ans exprime son enthousiasme et sa satisfaction ainsi que celle de sa fille sur la page de ses hôtes : « Merci Theresya Jakot sans toi, on y arriverait pas à ce résultat!! Maelys est ravie de sa création ».

Theresya nous confie également ses impressions : «  Il y en à pour tous les âges ma plus petite élève avait 6 ans. C’est très intéressant, car c’est une forme d’apprentissage, de découverte d’un univers qu’il ne connaisse pas. C’est amusant de voir qu’à l’arrivée certain sont persuader de ne pas en être capable et reparte avec un beau bijou fini ».

Une hôtesse ravie et des élèves séduits, voilà comment se finissent les ateliers bijoux. La prochaine édition aura lieu le 22 mars 2014. Les organisateurs espèrent séduire encore plus d’artisans en herbes lors de cette édition et toutes celles à venir, afin de promouvoir cet art que l’on pratique avec des matières premières dont on ne soupçonne pas l’usage.

Pourquoi ne pas laisser séduire par cette touche d’exotisme comme accessoire de mode, pour soi ou pour ses proches, pour un beau cadeau conçue avec le cœur à bas prix.

Informations pratiques :

Tarifs : 5€ (atelier) – 10€ (atelier + kit)
Samedi 22 mars 2014 de 15h à 17h
Maison des associations Aimé Césaire
80 bd Gal Leclerc
92110 Clichy (M° Mairie de Clichy)

Facebook Kwi : https://www.facebook.com/kwi.asso
Facbook Theresya : http://facebook.com/tjakot

source photo : Kwi

Jessyca Corvo