Mona Lisait, et lit encore

Il y a quelques années encore, les nombreuses librairies Mona Lisait accueillaient étudiants, passionnés de mode et amateurs de photographies aux quatre coins de la capitale. Aujourd’hui, il n’en reste qu’une, ou plutôt « qu’un » : David Peyre. Ce feru de beaux-arts a su développer le métier de soldeur pour offrir toujours plus de belles pièces à petits prix à sa fidèle clientèle.

Les murs qui ne sont pas cachés par des étagères sont couverts d’affiches. Picasso, Braque et Delaunay donnent le ton dès les premiers pas dans la librairie de David Peyre, la dernière Mona Lisait. L’enseigne au jeu de mot arty, créée en 1987, a longtemps eu le monopole de la librairie d’art à prix réduits, avec ses douze boutiques en France, dont neuf parisiennes. En 2012, alors qu’une suite d’événements malencontreux pousse la maison mère en liquidation judiciaire, David Peyre se bat pour obtenir son indépendance, récupérer le nom et sa boutique. Seul, face aux grands groupes d’édition qui veulent ravaler la boite comme Gilbert Joseph ou le Merle Moqueur, il monte un dossier pour le tribunal de commerce : « J’avais moins d’argent que les autres mais j’avais plus d’arguments, les autres c’était que du business, moi, c’était une passion, une image de marque, une identité« . En effet, il avait tout juste 18 ans quand il a appris le métier aux côtés de René Baudouin, le fondateur. D’abord par ce job étudiant, puis en créant la première franchise du groupe. Il revendique cette expérience personnelle qui finira par lui faire avoir gain de cause.

Avant la vente : la recherche et la négociation

Depuis, au 211 rue du Faubourg Saint-Antoine, c’est avec une passion communicative qu’il pousse toujours plus loin le métier de soldeur « Tout en restant dans le champ du print, du multiple » : on parle là d’affiches, mais surtout de livres. Des livres d’art, de photographie, d’architecture, de belle littérature. À petits prix (ardemment négociés) et toujours choisis avec la plus grande attention. « Avant, ils achetaient des palettes entières sans savoir ce qu’il y avait dedans. Moi j’ouvre tous les livres, j’ai des listings de prix d’origine, je sais ce que je veux et ce que je vends« . Ce qu’il vend, c’est de la qualité, accessible à tous. En faisant des partenariat avec des maisons d’éditions et des grossistes, mais sans jamais « manger sur le dos des éditeurs » qui font volontiers appel à lui pour écouler des stocks invendus. Surtout en France, où la loi du prix unique des livres interdit de faire plus de 5% de remise sur le prix éditeur. Ce qui signifie qu’il faut attendre plusieurs années et une sortie officielle du catalogue de l’éditeur pour commencer à solder. Or les livres perdent chaque année 30% de leur valeur, donc quand les prix dégringolent, il est difficile de contenter les fournisseurs et le public, tout en restant rentable. Finalement, les compromis se trouvent parce que chacun préfère « offrir une deuxième chance à ces livres que les mettre au pilon« . Pour le plus grand plaisir des connaisseurs pouvant remettre la main sur des collections qui ne sont plus proposées en librairie traditionnelle. En parallèle, depuis quelques années, David Peyre a ouvert ses prospectives aux rachats de fonds particuliers. De l’occasion donc, mais triée sur le volet : « Je bosse beaucoup avec des journalistes de magazines d’art, des historiens de l’art, des personnalités de la mode, qui ont des bibliothèques de qualité qui vont vraiment pouvoir enrichir mon stock avec des ouvrages qui ne sont même plus en solde« 

Diversifier les offres pour que la passion reste rentable

Pour dynamiser son fond de commerce et, surtout, pour proposer des ouvrages plus récents, David Peyre se fournit à l’étranger. Tous les trois mois, il écume les plus grandes foires internationales : celles de Londres, Chicago, et Francfort surtout, la plus grande d’Europe. Là-bas, les éditeurs présentent leurs nouveautés mais aussi leurs derniers articles soldés. « Ces marchands étrangers représentent un gros pourcentage de mon stock maintenant, et depuis quelques années, j’ai réussi à développer la clientèle qui va avec » Une clientèle de quartier, avant tout. Que ce soit les touristes fidèles, les parisiens habitués, ou simplement les voisins, ici tout le monde se connait. La librairie, grâce à sa diversité d’offres, est un passage obligé de ce coin du 12ème arrondissement aux allures de village. Mais bien que l’ambiance soit familiale, David Peyre ne considère pas être « dans le schéma du passionné rêveur qui vend à perte, parce que j’ai 5 salariés en temps plein, un loyer violent et de lourdes charges sociales« . Il propose donc des stocks basiques à très petits prix pour sa clientèle populaire, et déniche des petits trésors qu’il vendra parfois à plus de cinq cent euros pièce à des fins connaisseurs. En vendant pour tous les âges et toutes les bourses, l’objectif est de trouver un équilibre entre une rentabilité financière et le plaisir de partager ce merveilleux loisir avec le plus grand nombre. Et pour agrandir encore cette communauté – et logiquement ses profits – un site internet de vente par correspondance devrait bientôt être en ligne. Avec une interface catalogue très simple et la possibilité de livrer partout dans le monde, David Peyre espère se moderniser, renforcer sa clientèle internationale et s’imposer sur ce nouveau marché. Un beau projet qui prouve qu’avec les bonnes idées et de la dévotion, un petit indépendant peut survivre face aux géants de l’édition.

En attendant l’ouverture du site MonaLisait.fr, n’hésitez pas à vous rendre au 211 rue du Faubourg Saint-Antoine, métro Faidherbe-Chaligny (ligne 8)

Mathilde Roche

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