Le harcèlement de rue : dénonciateur d’une inégalité entre hommes et femmes ?

Anaïs Bourdet, graphiste de formation, est une jeune active marseillaise. En 2012, elle a décidé, à la suite d’un agression de rue, d’ouvrir le Tumblr « Paye Ta Schneck » sur lequel elle témoigne du harcèlement qu’elle a subit. 5 jours plus tard, le blog avait fait le tour de France. Anaïs Bourdet revient sur ces témoignages qui révèlent une inégalité hommes/femmes.

Comment as-tu eu l’idée de créer en 2012, le Tumblr « Paye Ta Schneck » ?

L’idée de collecter les témoignages m’est venu après la vidéo de Sophie Peters en Belgique qui avait filmé en caméra cachée ce que lui disait les hommes dans la rue. Puis j’ai moi-même été suivie en voiture dans les rues de Marseille par un homme. J’ai alors décidé de parler de cet épisode à mes amies, et étrangement nous avions toutes des choses à dire sur le harcèlement que nous subissions. J’ai trouvé ça injuste, inadmissible et pitoyable de toutes avoir de mauvaises expériences.

Pourquoi penses tu qu’on a attendu aussi longtemps pour en parler ?

Je pense qu’on a fini par l’admettre, chacune, sans vraiment se poser de questions. Je sais qu’il y a des féministes des générations au dessus qui en parlaient, mais c’était ou « sous-sujet ». Imagine toi qu’à la création du Tumblr, je recevais 150 témoignages par jour. J’ai appris ensuite que 100% des femmes avaient déjà subit un harcèlement de rue.

Que répondrais-tu à ceux qui qualifient le contenu de ton blog comme étant de la « mauvaise drague » ?

Le harcèlement et la drague sont deux choses différentes. La différence c’est le consentement. La drague c’est un jeu qui se pratique à deux. Le harcèlement s’impose d’une personne sur une autre. Il y a un mythe à déconstruire : un compliment c’est pas forcément la meilleure chose qui puisse arriver dans la journée d’une femme. Le harcèlement de rue n’a rien d’un jeu de séduction, il n’y a aucune intention de flatter ou de séduire. Dans l’immense majorité des cas, c’est pour imposer sa supériorité obsolète et d’écraser l’autre pour se sentir soi-même plus fort, et ainsi entretenir la peur.

Cela veut dire qu’il y aurait une sorte de domination masculine dans l’espace publique, et que la liberté féminine est altérée par celle-ci ?

Ah ça c’est sur. Par exemple, lorsque tu observes un homme dans la rue, il stagne dans l’espace publique. Cependant lorsque tu regardes une femme, elle se sent obligée de bouger, elle ne fait qu’y passer pour ne pas montrer qu’elle est disponible. La femme n’est plus libre dans la rue, elle remet en question sa façon de s’habiller, elle choisit sa place dans le métro de façon stratégique, elle se fait raccompagner la nuit, elle déménage même lorsqu’un agresseur se fait un peu trop insistant, ou alors se rassure en prenant ses clefs en main si jamais elle subit une agression.

Le harcèlement de rue, c’est une réalité sexiste ?

Evidemment. C’est après après avoir lu les propos de 12 000 harcèlements, qu’on se rend compte que l’homme ressent une supériorité des sexes : ils parlent tous très vite de leur organe génital comme élément de domination, objet d’envie et de convoitise. Il y a un fil rouge autour de la soumission. Les femmes doivent être validées, on entretient la culture du viol par la déculpabilisation de l’agresseur : la femme est responsable par sa tenue, sa présence à tel ou tel endroit, ou alors son comportement en public. Cependant je me suis rendu compte qu’on parlait assez mal du sujet, il y a une réalité autour du harcèlement de rue : il n’est pas uniquement sexiste, il est raciste, homophobe, transphobe, etc.

Justement, quels seraient tes conseils afin de changer les mentalités ?

Premièrement lorsqu’on est témoin d’une agression, on peut faire croire qu’on connait la femme, afin de l’emmener dans un autre endroit. Sinon on peut s’adresser directement à l’homme qui harcèle afin de détourner son attention. Un « auriez vous l’heure svp ?  » peut défaire d’une situation gênante. Il faut agir individuellement, et ne plus laisser un harcèlement se produire sous nos yeux. Il faut reprendre tout depuis la base : l’éducation. Il faut éduquer à ne pas harceler, et surtout les filles à ne plus se laisser faire, il ne faut plus subir des phrases ou des actions qui choquent de la part de son égal finalement.

Fiona Goldstein

 

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