Le combat d’un homme pour la mémoire des victimes de l’esclavage

Serge Romana, Guadeloupéen d’origine, est à la tête du Comité Marche du 23 mai 1998. Ce comité se bat pour la commémoration des victimes de l’esclavage. En Janvier dernier, c’est avec une grève de la faim qu’il exprimait son mécontentement. Retour sur cette action remarquable.

« Monsieur Romana, vous êtes le Président du Comité Marche du 23 mai 1998. Pouvez-vous nous rappeler en quoi consiste-t-il ? »

C’est une association composée principalement d’antillais mais pas exclusivement. On peut y trouver des Réunionnais, des Africains, des Métropolitains, des Guyanais… mais la grande majorité est antillaise. Cela s’explique parce que c’est une association mémorielle dont l’objectif est de défendre la mémoire des victimes de l’esclavage coloniale. Le 23 mai 1998 une marche a été principalement organisée par des associations antillaises. Elle a rassemblé selon les historiens 40 000 personnes. Ce fut la première manifestation mémorielle et son objectif principal est la défense des mémoires des victimes de l’esclavage.

« La différence est donc faite entre la date officielle du 10 mai pour l’abolition de l’esclavage et celle du 23 mai ?»

Oui on fait nettement la différence. Historiquement la première date commémorative en France hexagonale a été celle du 23 mai. Elle n’était pas officielle. Le 23 mai 1998, les organisateurs de la marche ont décidé d’honorer les esclaves, (qu’ils appellent les victimes de l’esclavage) tous les 23 mai depuis le 23 mai 2000. Suite à la marche de 98, le gouvernement Français a répondu politiquement par la loi Taubira (article 4) qui reconnaissait l’esclavage comme crime contre l’humanité. Elle a complété la loi du 30 juin 1983 de commémoration de l’abolition de l’esclavage. Elle a permis la fixation des dates de commémoration de l’abolition de l’esclavage dans les DOM. Elle n’avait pas prévu de date de commémoration de l’esclavage en France hexagonale. En 2006, un décret d’application a fixé la date de commémoration au 10 mai mais le CM98 disait qu’il fallait en plus une date d’hommage aux victimes. Il a continué à se battre et c’est pour ça que le 28 février, le gouvernement a promulgué l’amendement de la loi de 1983 qui institue officiellement deux dates en France : celle du 10 mai et le 23.

« Pourquoi avez-vous choisi cette cause? »

Vous savez, on n’a pas plusieurs causes dans une vie. Je suis issue d’une famille où la question politique a toujours été très présente. Moi-même je me suis engagé dans les années 70 dans le mouvement nationaliste Guadeloupéen. Lorsque dans les années 80-90 je me suis rendue compte de l’échec politique du mouvement indépendantiste, je me suis posé la question : pourquoi ? Je me suis dit que ce que je cherchais dans le mouvement indépendantiste, c’était la fierté de faire partie d’une communauté. Tous les êtres humains aiment être fiers de ce qu’ils sont, de leur origine. Nos origines étant l’esclavage, avec des personnes nous avons entamé dans les années 90 un travail pour renverser la honte qui pesait sur les esclaves de façon à ce que les descendants d’esclaves n’aient plus honte de ce qu’ils sont. La première des choses à faire, c’est d’être reconnu comme des Hommes respectables. Les autorités doivent les honorer d’où l’indispensable date des moments de commémoration.

« Le 13 janvier dernier, vous aviez commencé une grève de la faim pour l’acceptation de la loi. Comment avez-vous vécu ce moment ? »

Effectivement. Ce travail de groupe de 19 ans a permis de retrouver 120 milles esclaves dans l’oubli. Votre aïeule a été reconnue au Carbet (Martinique). Avec cette force, nous avons été capables en Octobre 2016 que l’Assemblée Nationale vote l’introduction du 23 mai. On a appris début Janvier qu’un sénateur de la Guadeloupe voulait abroger cette disposition. J‘avais l’impression que les autres représentants politiques ne bougeaient pas. Le jour où ce sénateur a éliminé avec les autres la loi, il fallait faire quelque chose. Responsable de ce mouvement, je devais faire en sorte que le travail des militants soit respecté. C’est pour cela que le 13 janvier j’ai pris cette décision. Le Sénateur a des suites, examiné le dossier sérieusement. Le mercredi de la semaine d’après, l’amendement a été remis et voté à l’unanimité. Le 23 mai est entré dans la loi tout comme le 10 mai. Aujourd’hui sur le plan santé, tout va bien, j’ai été accompagné par une équipe médicale.

 

A l’approche du mois de Mai, le Comité ne chôme pas. Il y a 4 grands domaines d’activité dont des ateliers de la mémoire et des conférences à l’université Panthéon Sorbonne. Ils préparent également la journée du 23 mai et espèrent la venue du Président de La République lors du rassemblement Place de La République.

                                                                                                      Priscillia GEMIEUX

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