Rencontre : Ramize Erer – La voix et l’espoir des femmes Turques

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11 heures, je vois Ramize Erer, avec sa cigarette dans sa main, assise dans un petit café parisien. Depuis 35 ans, avec un regard libre dans ses caricatures sur les relations homme-femme dans la société turque, elle est devenue un symbole de féminisme en Turquie. A cause de la situation politique en Turquie, elle vit à Paris depuis 2007. Focus sur son parcours et ses difficultés dans le monde masculin de la caricature.

« Ma motivation était la fierté de mon père » 

Petite fille, elle dessinait les copies des peintures italiennes que son père adorait sur les murs de chez elle. Son père les montrait fièrement aux invités « C’était ma motivation, la fierté de mon père. »

Depuis son enfance, elle rêvait de devenir une peintre. Son premier rencontre avec la caricature a eu lieu au lycée : un jeune caricaturiste, Levent, est devenu son ami et Erer a commencé à dessiner des caricatures et est entrée dans le monde intellectuel des caricaturistes. Levent dessinait à GIRGIR, le plus grand, ancien et fameux journal satirique turc. Grâce à son ami Levent, Erer a commencé à avoir un entourage intellectuel remplit par des jeunes caricaturistes. Sa passion était désormais la caricature.

La seule femme dans l’univers de la caricature

Grâce à ses nouveaux amis caricaturistes, Erer a commencé à fréquenter dans les nouveaux lieux. « J’étais la seule femme, c’était que les hommes. On parlait que sur des caricatures, on faisait des soirées et il y avait des gens qui venaient de Vienne, de Paris. »  En Turquie, à cette époque c’était rare d’avoir une permission des parents pour sortir si tard. « C’est ma mère qui m’a appris la liberté et m’a poussée à ne pas entendre les voix stéréotypées. »

Oguz Aral : le premier homme faisant une discrimination positive

A cette époque, GIRGIR devenait un atelier des jeunes caricatures les lundis. Oguz Aral, le directeur en chef observait avec la détaille tous les dessins des jeunes, faisait des commentaires. En effet, il était le premier homme que Ramize Erer a rencontré faisant une discrimination positive. Même s’il y avait des autres garçons dessinaient mieux que Erer, Arar lui a offert le travail à GIRGIR donc elle a rentré dans le monde professionnel de caricature qu’à 16 ans. Au sein des milliers des hommes, il y avait que deux autres filles dans le journal. « C’était difficile au début de s’adapter mais cette situation me poussait à plus travailler pour réussir.»

Naissance de « la mauvaise fille »

Ramize Erer a donné naissance à la « mauvaise fille » dans un journal à grand tirage Radikal, un personnage provocante et scandaleuse pour la société turque. Dans une société fortement patriarcale, ce personnage ne  fait pourtant pas rire tout le monde. Les lecteurs de ce journal étaient plus critiques avec ses caricatures, comme ceci n’était pas destiné qu’aux lecteurs de satirique. En plus, la mauvaise fille était sexy et libre : elle faisait l’amour, disait des gros mots, utilisait les hommes.. Ramize Erer utilisait le choc pour que les lecteurs puissent évoluer dans leurs regards. Malgré cela, elle a travaillé pendant des années à Radikal grâce à son rédacteur en chef qui avait un esprit libre. Elle précise que ce qui gênait les hommes n’était pas le tabou du sexe ou des femmes, c’était le fait que c’était une femme, un point de vue féminin qui les faisaient : la mauvaise fille était libre et c’était imaginée par Ramize Erer. « C’est un métier difficile qui reste très masculin », précise-t-elle et continue « le point de vue masculin est partout. Même les hommes les plus intellectuels peuvent avoir des stéréotypes, des préjugés dans leur têtes. Les femmes journalistes, en particulier les caricaturistes, rencontrent ces préjugés. »  En 2007, étant sous la menace, elle a dû fuir la Turquie après la pris de contrôle de Radikal par des proches du pouvoir. Elle est aussi un des premiers journalistes exilés en Europe sous le régime d’Erdogan. Entre Paris et Istanbul, depuis 2011, elle est la rédactrice en chef du seul journal de bande dessinée réalisé uniquement par des femmes : Bayan Yanı, ce qui en Turquie est vraiment difficile.

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La chance de la Turquie

En 2017, Erer a reçu « Prix Couilles au cul ». Elle a donné d’espoir aux femmes Turques, ce n’était pas comme les autres prix : c’était une femme qui recevait un prix en Europe. Avec un esprit libre et un courage peu commun, Ramize Erer libère le regard féminin grâce aux ses dessins. Dans un pays où il y a peu de place donné aux femmes, Ramize Erer est une grande chance.

Turkan AKIN (NF)

® Photographe et caricatures utilisées avec l’autorisation de Ramize Erer.

A voir pour plus d’information sur Ramize Erer :

Ramize Erer : caricatures et mœurs 

Interview avec Ramize Erer par Cathrine Simon 

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