Homme, femme, ou autre : quand la summa divisio masculin-féminin s’effrite

« C’est un garçon/une fille ! » : c’est la première exclamation qu’entendent des parents à la naissance de leur progéniture. Le genre que l’on nous assigne à la naissance influence notre vie et est présenté comme immuable. Et pourtant…

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Le drapeau transgenre

Alphonse, étudiant à Paris 3, nous parle transidentité et militantisme

Je retrouve Alphonse, presque 20 ans, étudiant en cinéma, dans un petit coffee shop du 5ème arrondissement. Alphonse est un homme trans, c’est-à-dire qu’il est né fille mais est aujourd’hui un garçon. Il se définit transmasculin, genderflux et trigenre : il oscille entre masculin, neutre, et agenre. Il nous parle de son parcours, de ses combats, et nous prouve que trans ne rime pas avec pathos et exclusion.

 

  • Quel a été ton parcours par rapport à ta transidentité ?

Quand j’avais 13 ans, j’étais trans même si je ne mettais pas des mots dessus. Je pensais que les trans, c’étaient seulement les femmes trans fétichisées dans les médias, je me persuadais de la fatalité de mon assignation. En première, un ami FtM (female-to-male, homme né femme, ndla) m’a fait son coming-out et j’ai réalisé que c’était possible. Alors, je lui en ai parlé, puis à des amis. Un soir avec des inconnus, j’ai sauté le pas mais ça s’est mal passé. C’est bête, mais le soir-même pour me donner du crédit, j’ai changé mon prénom sur Facebook. J’ai repoussé le moment de le dire à ma famille : je l’ai fait car j’avais besoin de leur soutien. Ça a été dur d’avaler la pilule pour eux.

  • Pourquoi tu es militant ? Quel est ton combat principal ?

Parfois, on me pose des questions indiscrètes et intimes avec une curiosité malsaine, genre sur mes organes génitaux, mon corps, ma sexualité, mes opérations, mon prénom de naissance. Sinon, certains veulent trouver une cause psychologique, ou font des réflexions, comme: « être trans, c’est une invention pour s’amuser ». Trop de gens ne comprennent pas la transidentité : le genre est un construit social, contrairement au sexe. Le genre c’est ce qu’on est, l’orientation sexuelle c’est ce qu’on aime. Les gens confondent tout : on pense qu’un homme trans est une lesbienne, car leurs expressions de genre se ressemblent extérieurement.

Pour moi et les trans qui ne le peuvent pas, j’éduque, je fais de la pédagogie, pour expliquer aux gens non renseignés et éviter les réflexions pas forcément méchantes mais maladroites, déplacées et blessantes, car les oppressions s’atténuent par le savoir. Déconstruire les gens est souvent plus utile : il vaut mieux éradiquer la haine à la base que l’interdire, mieux vaut prévenir et instruire que guérir et punir. Et rien que par mon existence, je montre une diversité des personnes trans.

Je milite aussi pour les droits trans, par exemple je veux la démédicalisation des parcours trans et la dissolution de la SOFECT (Société Française d’Etudes et de prise en Charge du Transsexualisme, ndla), qui propose certes des parcours pris en charge, mais qui est très pathologiste, médicaliste, qui dit « vous êtes des malades mentaux, on va vous guérir ». Je suis aussi pour l’autodétermination, le changement d’état civil libre et gratuit sur simple déclaration, sans avoir besoin de prouver médicalement sa transidentité, même si je suis hormoné et que ça ne me concerne pas. Utopiquement, il faudrait supprimer la mention de genre sur les papiers : c’est pas parce que tu as un « M » sur ta carte que tu as eu une opération de réassignation sexuelle.

Mais je pense que les droits des trans avancent, par exemple avec la loi sur le changement de prénom récemment. Elle n’est pas complète, mais on peut changer en mairie plutôt qu’au tribunal, en prouvant l’usage prolongé du prénom (abonnements, carte de fidélité, lettres de proches…), je compte en profiter bientôt, comme a fait ma copine, trans elle aussi. Je ne suis pas super confiant pour 2017, le seul qui a des propositions intéressantes pour les trans, c’est Mélenchon. Mais ça ne veut pas dire que ce sera mis en oeuvre, ni prioritairement (sachant que même l’IVG est remis en cause), ni qu’il sera élu.

  • C’est quoi être trans à Paris 3 ?

Paris 3 est bienveillante, même si l’administration est perdue et rigide, mais les profs acceptent de changer le prénom et de ne pas utiliser l’ancien, le morinom. Certains départements sont aussi plus arrangeants, des secrétaires mailent directement les profs. Les étudiants sont aussi ouverts, quand ils font des Google Forms, ils incluent une option en dehors de « homme/femme ». En plus, il y a des initiatives : on rédige un guide actuellement pour apprendre à l’administration comment nous gérer.

  • Comment vis-tu ta transidentité aujourd’hui ?

La majorité de mes amis savent, car j’ai pas un assez bon passing (identification genrée qu’une personne a sur une autre de façon instantanée, ndla) pour être vu comme un mec cis (personne dont le sexe est en accord avec le genre social, psychologique, ndla). Ils sont LGBT ou des alliés bien déconstruits, c’est-à-dire prennent du recul et du détachement sur les constructions sociales oppressives qu’on nous a inculquées depuis toujours. Donc j’ai peu d’efforts à fournir, si ce n’est médicaux ou administratifs. Je vis comme tout le monde.

Interview réalisée par Aleksien L. Méry

Publication envisagée : magazine alternatif, par exemple NEON Magazine

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