Exposition: les Archives nationales rendent la parole aux « Présumées coupables »

Derrière la froideur de la procédure judiciaire se dessinent les figures de femmes condamnées avant même d’avoir été jugées.

Avec « Présumées coupables », les Archives nationales de Paris nous ouvrent les portes de ces innombrables procès intentés à des femmes sur des accusations de sorcellerie, d’infanticides ou de traîtrise. L’exposition aborde le sujet du crime au féminin du XIVe au XXe siècle, de quoi remettre en perspective la place des femmes dans la société. Tout le monde connaît en effet les histoires de Jeanne d’Arc, de Marie Antoinette ou même de Violette Nozière. Mais qu’en est-il de toutes ce femmes, inconnues, dont les noms sont tombés aux oubliettes depuis des siècles?

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Acte d’accusation pour le procès de Marie-Antoinette, octobre 1793. (© Archives nationales)

L’exposition « Présumées coupables » s’organise notamment autour de cinq archétypes: la sorcière, l’empoisonneuse, l’infanticide, la pétroleuse, la tondue de la Libération. Cinq variantes d’une même peur : celle de la sexualité féminine, de la puissance ou même de la violence de ces femmes qui n’entrent pas dans le rôle qui leur est assigné.

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Procès-verbal d’Arletty. En 1946, le Comité national d’épuration lui infligera un blâme, assorti d’une interdiction de travailler pour trois ans. (© Archives nationales)

De la peur à la misogynie

Ce qui revient constamment dans tous ces procès reste pourtant la sexualité. Plusieurs extraits d’interrogatoire semblent en effet aller en ce sens: Au cours de ces procès-verbaux, les femmes sont par exemple interrogées sur les circonstances de leur rencontre avec le démon, sur les vêtements que ce dernier portait et la forme qu’il revêtait (homme, bête, mi-homme ou mi-bête…), ou encore sur les termes de leur pacte. Mais surtout, plus que tout, c’est sur l’intimité de la relation charnelle avec le diable que les accusées doivent fournir des explications détaillées (preuve q’il en est d’un certain voyeurisme morbide peut-être…). Il en va de même pour les tondues de la Seconde Guerre mondiale, qui sont soumises à d’innombrables questions sur la relation intime entretenue avec l’ennemi allemand.

Le sexisme au cœur de l’Histoire

La dernière salle de cette exposition, dédiée à ces femmes auxquelles on a arraché leur chevelure en guise de châtiment, confirme que le « crime de la coucherie », comme on pourrait le baptiser, ne semble avoir été conjugué qu’au féminin. Les dossiers de l’Épuration qui sont ici exposés, récemment ouverts aux historiens, démontrent en effet une statistique troublante. En effet, si les femmes représentent entre 5 et 10 % de la population pénale globale, les tondues représentent quant à elles 26 % de l’ensemble des personnes condamnées pour collaboration pendant la Seconde Guerre mondiale. « De fait, aux actes reprochés d’ordinaire aux hommes qui ont collaboré avec l’occupant, s’en ajoute un qui ne concerne que les femmes : avoir couché avec l’ennemi », conclut l’exposition.

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Gouvernement des femmes. Lithographie par Gustave Janet. (© Archives nationales)

Comment ne pas penser ici à d’autres procès plus récents, dont le plus retentissant serait bien entendu celui de Jacqueline Sauvage! Que penser de cette femme qui se sera défendue face à son mari violent, certes au prix de la vie de son compagnon, et ce en lui tirant dans le dos? L’aurait-on écouté si elle avait voulu un jour se plaindre de sa situation? Aujourd’hui graciée, sa condamnation pourtant pouvait sembler logique. Tel est le paradoxe de notre temps et de notre histoire! Car si les attaques contre les femmes sont souvent flagrantes, la différence de traitement l’est tout autant: dans un ouvrage publié en 2015, Als die Soldaten kamen (« Quand les soldats arrivèrent ») écrit par Miriam Gebhardt, on apprend que les soldats alliés américains, britanniques et français (des hommes, donc) avaient commis des centaines de milliers de viols sur des Allemandes en 1945 (on compterait 860 000 victimes au total, parmi lesquelles 190 000 auraient été violées par des GI). Mais loin d’avoir été punis par la justice pour viol, ces hommes restent inscrits dans la mémoire collective comme de véritables héros.

L’exposition est malheureusement déjà terminée, mais vous pourrez trouver des informations supplémentaires sur le site des Archives Nationales.

Eli Chicheportiche

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