Sur les routes de l’Europe : onze photoreporters exposent l’Itinéraire des réfugiés

Mai 2016, Athènes : 11 photoreporters combinent leurs points de vue uniques dans une exposition collective de leur travail appelée L’Itinéraire. A l’occasion de la sortie du livre de l’exposition, les reporters nous parlent de ce qu’ils ont témoigné.

Photo titre

Chaque jour, des centaines de réfugiés arrivent aux frontières de la Grèce. Après un court séjour dans les camps d’accueil, ils sont contraints à prendre l’itinéraire vers les pays d’Europe occidentale. Photo: « The Itinerary » Photo Exhibition

J’ai rencontré Andrea Bonetti, reporter et photographe officiel du Premier Ministre grec Alexis Tsipras, au vernissage de l’Itinéraire à Athènes. Appareil photo à la main, il me parle du travail fourni par ses collègues afin de mettre en place cette exposition. Fier du monde qui arrive nombreux, il ne peut néanmoins pas cacher son stress. Son malaise devant mes compliments s’explique par un paradoxe qui est à l’origine même du métier du photojournaliste : peut-on exposer la souffrance humaine et en être fier de notre travail ? Quelle est la portée sociale du reporter ?

Témoignage

C’est lorsque Andrea Bonetti s’est rendu compte de la valeur esthétique de ses photographies qu’il a pu saisir la contradiction qui fonde son métier. « Le photographe cherche à représenter les sujets tout en essayant d’obtenir une image de qualité à la fin, à partir de laquelle il pourra inspirer une sorte de respect et d’admiration auprès du spectateur ». Leur but ultime étant de sensibiliser les spectateurs, les onze reporters montrent les conditions de vie des réfugiés, mais aussi narrent la réalité à travers un récit iconographique. « Couvrir la crise des réfugiés m’a poussé dans une réflexion autour de l’éthique de mon travail en tant que photojournaliste : l’éthique dicte que je dois rester un observateur, neutre à ce qui se déroule devant mon objectif. Le fait est que je ne peux pas faire cela » raconte Menelaos Myrillas. Pour le reporter, ses images sont des morceaux de preuves, venant témoigner une des plus grandes crises migratoires de notre époque.

« Le seul récit dans la guerre c’est l’histoire d’une survie sans peur. Je suis le messager de ce récit » Dimitrios Bouras

Anna Pantelia a couvert la crise sur l’île de Lesbos, nommée souvent « l’Ellis Island » grecque. D’après la photographe, témoigner la crise migratoire lui a permis de découvrir une autre réalité : « les protagonistes de mes photos m’ont fait voir les choses à travers une autre perspective, plus humaine ». Pour le photographe Dimitrios Bouras, ce qui pousse ces personnes à lutter et se reconstruire c’est « leur mentalité qui privilégie la dignité ». Ces qualités, le mépris envers l’absurdité de la vie, font l’objet de sa photographie. Il est « le messager » du récit des réfugiés, d’un voyage dans la condition humaine.

La crise de plus près 

En 2015 la Grèce a vu l’arrivée de 851 319 migrants. Des centaines de milliers d’entre eux sont partis vers les pays d’Europe du Nord, empruntant « la route des Balkans ». Durant l’année 2016, 332 492 personnes sont arrivées par la mer en Europe. Environ 4 000 personnes sont mortes ou disparues. Aujourd’hui, migrants et réfugiés continuent à risquer leurs vies dans l’effort de traverser le vieux continent.

carte itinéraire

L’itinéraire des réfugiés. Image: « The Itinerary » Photo Exhibition

L’Itinéraire 

L’Itinéraire enregistre les multiples points d’arrêt dans la « course » des réfugiés. Le recueil de ces photographies a pour but de détruire les murs dans l’imaginaire européen en offrant un témoignage. Dans le préambule du livre, les photographes font part de leur but ultime : «  Cette exposition représente la voix et les émotions des onze témoins silencieux de l’une des crises humanitaires les plus importantes de notre temps. De ce fait, personne ne pourra dire « je ne savais pas ».

photo finale

Photo: « The Itinerary » Photo Exhibition

Info  The Itinerary – Tracing Refugee Routes peut être commandé sur le site de l’exposition. Les fonds récupérés sont distribués à l’association grecque METAdrasi, ayant pour vocation de prendre soin des enfants réfugiés.

Lydia Roubopoulou

 

 

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s