« Mettre l’artiste en avant » David Delaplace, photographe

Photographe autodidacte et passionné de rap depuis l’enfance, David Delaplace a fini par pénétrer ce milieu musical pour y exercer. Du 12 au 22 octobre, il présentait son exposition  « Le visage du Rap », une série de portrait de rappeurs faits dans le cadre de la réalisation d’un livre. Le photographe de 26 ans revient sur ce projet et sur son parcours atypique.

Propos recueillis par Simon MOREL

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David Delaplace veut réunir tout le rap français dans un livre de photos (Photo : DR)

David Delaplace, à quel moment avez-vous commencé à allier la photographie et le rap ?
Tout a commencé en 2011, quand j’ai été amené à faire trois ou quatre photos pour mon frère. Puis le manager de Tito Prince, qui est un mec de mon quartier m’a contacté pour que je lui fasse quelques images. C’est là que je me suis dit que ce serait vraiment intéressant de faire des photos dans le monde du rap.

Vous n’avez donc suivi aucune formation spécialisée dans la photographie…
Nan du tout. Je n’y connaissais strictement rien et j’ai commencé comme ça. Je suis un autodidacte.

Quand vous est venue l’idée de commencer la série de clichés de rappeurs intitulée « Le visage du Rap » ?
A la base, j’ai fait cette série avant tout pour le livre sur l’histoire du Rap que je réalise actuellement. Le 7 février 2014 pour être exact, je me suis dit que ce serait sympa de faire un livre de photos sur ce sujet. J’en ai parlé à un pote, qui à son tour en a parlé à un de ses potes. Et son ami est également un ami d’Oxmo Puccino. Du coup, le lendemain du jour où j’ai eu l’idée, on m’a appelé pour me dire d’aller chercher Oxmo en bas de chez lui.

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Oxmo Puccino (Photo : David DELAPLACE)

A-t-il fallu tout de même le convaincre avant de réaliser les clichés ?
Pas du tout. J’ai juste eu à aller le chercher.

Une fois qu’une figure comme Oxmo Puccino a accepté, est-ce plus facile d’obtenir l’accord d’autres rappeurs ?
Au début ça a pas mal joué mais ensuite ça a perdu son souffle. Ça marchait pas mal puis j’ai eu une petite période de creux. J’ai contacté un peu tout le monde mais ça ne convenait pas à certains anciens d’avoir des gars de la nouvelle génération dans le bouquin. Après, il y en a eu tellement qui ont été ok et ce n’est pas forcément Oxmo qui les a ramenés.

Comment avez-vous choisi les personnes que vous souhaitiez shooter ?
Je n’ai pas vraiment de critères si ce n’est que je souhaite prendre des gens qui ont marqué l’histoire. Il ne faut pas que ce soit un mec qui a commencé à rapper dans sa cave il y a une semaine et qui a fait trois morceaux. Je fonctionne notamment en parlant directement avec les artistes, qui me disent qui ils aimeraient bien voir, quelles personnes ont été importantes à leur époque. C’est comme ça que ça se fait.

Il y a t-il un rappeur ou un groupe que vous auriez aimé avoir et qui ne figure pas dans votre série de clichés ?
Etant donné que je n’ai pas encore fini de réaliser le livre, je ne peux pas vraiment dire qu’il y en a que j’aurais aimé avoir. Car il y en a plein qui n’étaient pas forcément partants mais qui ont par la suite accepté.

Que cherchez vous à mettre en valeurs sur ces photographies ?
Je veux tout simplement mettre l’artiste en avant. Le but c’est de parler d’eux. Mais je n’impose rien du tout, c’est-à-dire que je demande à un artiste pour le rejoindre où il veut et quand il veut.  Et j’y vais, même si je ne connais pas le coin. Je veux montrer ces gens comme ils sont, au-delà de ce que les gens peuvent penser d’eux.

Certains rappeurs sont souvent assez charismatiques. Est-ce plus facile d’avoir des photos qui tapent dans l’œil ?
Forcément. Par exemple, un mec comme Kaaris est assez facile à photographier. Il y en a plein d’autres comme lui qui ont une certaine attitude et un faciès. Mais après, quand c’est quelqu’un qui n’a pas trop cette attitude et qui n’est pas trop relax avec les photos, c’est plus dur de faire les images. Et c’est là que ça prend tout son sens car avoir de belles photos d’un gars qui est super à l’aise, ce n’est pas bien compliqué.

Vous êtes un passionné de rap depuis votre enfance. Que ressentez-vous aujourd’hui en côtoyant une multitude de rappeurs ?
Ça défonce ! Il n’y a rien de mieux. Aujourd’hui, par exemple, je peux rentrer dans quasi tous les concerts de rap sans rien demander. J’ai juste deux ou trois coups de téléphone à passer. Et puis je vis des moments uniques avec des artistes que j’écoutais quand j’étais petit. En fait, plus le temps passe et moins je le calcule. Sans prétention, c’est devenu un peu naturel vu que désormais je connais plein de rappeurs et qu’on est souvent ensemble. Mais pour certains, quoi qu’il arrive c’est spécial. L’autre fois je me suis replongé dans des albums de la Fonky Family et je me dis « merde, je les écoutais étant jeune et là je les ai shooté ».

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Kool Shen (Photo : David DELAPLACE)

Votre regard sur ce milieu et ses acteurs a-t-il changé en l’intégrant ?
Mon regard il a surtout changé sur la musique en général. A la base j’écoutais beaucoup de rap censé, textuel et aujourd’hui je peux me bousiller à écouter un rap comme celui d’Hamza sans soucis (un rap plus divertissant, NDLR). Ma vision sur ça a évolué. Après, il y a des gens qui tu pouvais penser cons et qui en fait sont extraordinaires et à l’inverse, il y a des mecs que tu croyais super gentils et qui sont en réalité de vrais connards (sic). Mais ça c’est plus un ressenti humain, ça dépend de comment ça se passe avec la personne.

Vous photographiez les acteurs du rap toutes générations confondues. Est-ce le signe d’une volonté d’écrire l’histoire du rap à votre façon ?
Exactement. Le but c’est de laisser une trace papier. Il ne doit pas y avoir beaucoup de livres d’images sur le rap, alors que des livres d’écrits qui traite de son histoire, il y en a plein, mais très peu sont accompagnés d’images. Si t’es un fan de Rap et que tu lis des livres et que t’entends parler d’un mec dans trois ou quatre bouquins sans jamais avoir vu sa tête… Ça se trouve c’est ton voisin et tu ne le sais même pas. Alors, peut-être que grâce à mon livre tu pourras voir toute cette histoire-là. Le but est vraiment de mettre l’histoire du rap en images.

Avec l’exposition qui a eu lieu à « La Place », vous avez connu votre première expérience de ce genre, à 26 ans. Quel souvenir en gardez-vous ?
C’était vraiment cool, même s’il y a quelques points négatifs où je me dis que j’aurais pu mieux gérer, par exemple la communication. Mais ça reste des aspects techniques. Sinon, en termes d’expérience ça défonce. Pendant une dizaine de jours j’ai pu rencontrer les gens. Ils viennent parler avec moi et pour la plupart ils ont aimé. Même si je pense que ceux à qui ça n’a pas plu ne me l’ont pas forcément dit (rires).

Les retours du milieu et des visiteurs ont-ils été à la hauteur de vos attentes ?
C’était une première expérience et l’attente numéro une était qu’il y ait une belle médiatisation autour puisque, derrière, ça me sert à communiquer pour mes activités. Ça me permet d’avoir une référence en disant « voilà, untel, untel et untel ont parlé du premier événement que j’ai fait ». Il y a juste à taper « Le visage du Rap » sur internet pour voir tous les sites qui en ont a parlé et se dire que j’ai gagné. C’est le retour principal que j’attendais, en plus de l’avis des visiteurs. C’est important de parler avec les gens.

Cette exposition se renouvellera-t-elle dans d’autres ville que Paris ?
Oui. Pour le livre, je suis allé shooter des artistes un peu partout. Et j’ai envie de faire pareil pour les expositions. Je devais techniquement exposer une fois par mois dans villes différentes, mais je me rends compte qu’il faut que je termine la réalisation du bouquin et que j’ai encore pas mal de choses à faire. Donc il y aura peut-être un peu moins de dates que prévu. J’ai quand même pas mal de villes qui sont partantes, mas après c’est moi. Je sais que physiquement ce ne serait pas possible d’être là-bas et de continuer à travailler le livre. Malgré tout, la prochaine date c’est à Strasbourg (du 1er au 4 décembre) avec une grosse soirée avec des sets DJ etc… On organise pleins de trucs autour. Ensuite il y aura quand même d’autres dates, c’est sûr.

Avez-vous déjà en tête des projets à réaliser après « Le visage eu rap » ?
J’ai plein d’autres projets très définis. Mais si je commence à en parler… (rires). Je préfère déjà me concentrer sur « Le visage du Rap » et voir ce qui va en découdre et ce que les gens vont en penser. Je veux finir le livre (sortie prévue pour fin 2017, ndlr) avant de me dire avant me que je vais me faire tel ou tel truc.

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