L’IVG : Des Corps qui Comptent ?

En cette journée internationale des droits de l’homme, un droit fondamental fait débat, celui de l’Interruption Volontaire de Grossesse, plus connu sous le nom d’avortement. Ce droit pourtant acquis en 1975 n’a jamais été si menacé.

L’Interruption Volontaire de Grossesse, un sujet difficile, un sujet sensible et délicat, au cœur des esprits et des corps. Avant tout, je vous invite à un petit retour chiffré. 204 000 c’est le nombre d’avortements pratiqués en France en 2015. 1 grossesse sur 5 aboutit à une IVG. C’est 1/3 des femmes en France qui ont recours à l’IVG au moins une fois au cours de leur vie. Et toutes les 9 minutes une femme meurt des suites d’un avortement illégal et dangereux. »Ce que les gens ne réalisent pas c’est que rendre l’avortement illégal ne l’arrêtera pas. Cela arrêtera juste les avortements dans de bonnes conditions. »

shoutyourabortion-le-hashtag-pour-briser-le-tabou-de-l-avortement

Aujourd’hui la loi dite Veil s’invite de nouveau sur le terrain politique, se retrouvant au sein des programmes politiques et des convoitises. Mais que l’on soit pour ou contre, l’épreuve de l’avortement n’est jamais simple. Je vous propose de vous immiscer dans la vie privée et si intime de deux femmes. Deux femmes qui nous racontent leurs expériences, leurs joies, leurs peines, leurs doutes et leurs combats qui alimentent cette épreuve. C’est à travers ce propos nuancé que nous pouvons constater que l’avortement n’est pas un acte aisé, ni un choix simple et sans conséquences. La question ici n’est pas de prôner ou de dénoncer l’avortement, mais seulement d’évoquer l’histoire. Leur histoire. Aucun jugement ne peut advenir sans expérience. Entrez au cœur du sujet, et réfléchissez, une nouvelle fois.

Notre première femme s’appelle Stéphanie, elle a 30 ans et est maman de deux petites filles, nous dit-elle fièrement. Elle nous apprend qu’elle avait 23 ans quand elle a dû faire face à l’épreuve de l’avortement médicamenteux. Elle nous raconte son histoire avec son ancien compagnon, et nous confie vouloir un enfant à ce moment là de sa vie, mais que son compagnon voulait absolument que chacun d’entre eux possède une situation professionnelle stable. « Quand j’ai appris que j’étais enceinte ça n’allait déjà plus très bien entre nous. J’en étais à 2/3 semaines de grossesse. Lui ne voulait pas le garder. Mais moi je n’étais pas trop d’accord pour le faire partir. Il ne voulait absolument pas qu’on le garde, donc j’y ai réfléchi. Ça n’allait pas, on s’entendait plus, donc j’ai pris la décision. J’ai surtout pensé à cet enfant à ce moment là, à son bien être, à son bonheur, ça n’aurait pas était simple, deux parents qui se disputent tout le temps, ou séparés. Ça à était très très dur, car c’est vrai qu’en tant que femme je voulais être maman. Mais je n’aurais pas supporté de voir mon enfant au milieu de deux personnes qui se déchiraient, pour moi c’était inconcevable. »

Comment vous sentez vous après votre avortement ?

« Je n’étais pas bien du tout. J’avais très très mal au ventre, je ne suis pas allée travailler, et le lendemain je n’avais pas du tout le moral, je n’étais pas du tout bien, j’y repensais tout le temps. Alors on se rattache au fait que c’était la bonne décision. »

Que ressentez vous aujourd’hui par rapport à cela ?

« Je me dis encore aujourd’hui que c’est la meilleure décision que j’ai prise. Parce qu’aujourd’hui on est plus ensemble, il y aurait ce petit séparé de ses parents. Mais bien sûr j’y pense de temps en temps, car j’ai deux petites filles, quand je suis tombée enceinte j’y ai beaucoup pensé. Après je ne regrette pas mon choix, je suis fière d’avoir pu faire ça. Car à l’époque je n’étais pas bien. Mais aujourd’hui quand je vois mes filles qui sont hyper contentes quand leur père rentre, je pense parfois que s’il y aurait un autre enfant autour d’elles, qui lui ne verrait pas son papa. Donc oui pour moi c’était une bonne décision. Après mon ancien conjoint quand j’allais le quitter m’a dit qu’on pouvait réessayer d’avoir un enfant, comme pour me retenir, j’avais envie d’être maman mais pas à ce prix là. Si on ne s’entendait pas avant, on ne s’entendrait pas après, si tu n’as pas un couple solide, un enfant peut te détruire. Si on n’allait pas dans le même sens, on ne pouvait pas faire d’enfant. »

Notre deuxième femme s’appelle Brigitte, elle a 49 ans, et est maman d’une fille. Elle à subit un avortement chirurgical à 32 ans, elle nous livre son histoire avec beaucoup d’émotions et de sensibilité. Elle nous explique qu’elle vivait avec un homme depuis 9 ans quand elle a appris sa grossesse. Nous décrit avec trouble la crise qu’à faite son conjoint à l’annonce de sa grossesse, et qu’il l’a forcé à faire cet avortement, qu’elle ne souhaitait absolument pas. « J’étais prise de panique en vue de toutes ces paroles. Finalement quand il a su il m’a dit qu’il ne voulait pas d’enfant, qu’il en avait jamais voulu. Pourtant il avait déjà une fille avec une autre femme, mais il me disait que cet enfant non plus il ne l’avait jamais voulu. Il en venait à me dire que cet enfant il n’était pas de lui, que je l’avais trompé. J’étais tellement choquée qu’il puisse penser ça. Je suis partie de la maison, mais pourtant il m’a suivie jusqu’au bout dans l’unique but d’être sûr que l’enfant je ne l’avais plus, qu’il était bien partis. J’avais tellement de haine envers lui, je me suis dit que s’il pensait que mon enfant n’était pas de lui il n’y aurait plus jamais de confiance, et voilà je l’ai fais, mais contre ma volonté.. Je l’ai fais.. » Elle nous répète plusieurs fois ces derniers mots dans une émotion certaine.

Reposant ainsi la même question : Comment vous sentez vous après votre avortement ?

« Quand je me suis réveillée j’ai eu un très mauvais réveil. Je pleurais et je me suis dit que je ne resterais pas avec cet homme, que même si je l’aime je le quitterais et c’est ce qui s’est passé. Quand j’étais enceinte, j’étais tellement contente, j’avais un désir d’enfant depuis longtemps donc j’étais tellement contente, j’étais épanouie, j’étais bien. Et après c’était une grande déception. Quand je me suis réveillée j’ai mis ma main sur mon ventre et je ne sentais plus rien. Il y a quelque chose de moi qui est partis. C’était le vide, il me manquait quelque chose, la pire des sensations c’était celle là, celle du manque. Ma vie s’effondrait. Je me suis posée plein de questions, l’enfant que je devais avoir n’est plus là, est ce que j’ai bien fait, est ce que j’ai mal fait. C’est après qu’on se pose ces questions. Et quand je me suis réveillée j’étais en larmes, mais c’était trop tard, c’était fait. Après je ne pouvais plus vivre avec cet homme, je ne pouvais plus l’aimer, je ne pouvais pas, je ne pouvais plus le regarder, je ne voulais plus qu’il me touche. Pour moi ce n’était pas normal ce qu’il m’avait fait après 9 ans de vie commune. Et puis c’est là que je me suis dit que je ne connaissais pas cet homme, que j’étais près de lui pendant 9 ans, mais que je ne le connaissais pas réellement. J’ai vu son vrai visage ce jour là. »

Elle nous confie qu’aujourd’hui elle y pense encore car son rêve aurait été d’avoir deux enfants. « J’ai une fille de 10 ans et nous sommes seules aujourd’hui toutes les deux. Et finalement je me dis qu’avoir cet enfant ça aurait été la même chose que ce que je vis aujourd’hui avec ma fille. Je pense à cet enfant, je me dis qu’il serait déjà grand, que ma fille aurait un frère ou une sœur. Je culpabilise. Surtout que pour ma fille, j’étais enceinte de 5 mois quand son père m’a abandonné, mais j’étais tellement contente d’être de nouveau enceinte. Et quand j’ai mis ma fille au monde, je me suis dit, «  Mais qu’est ce que tu as faits des années en arrière ! » Et là ça m’a frappé ! Je repensais aussi à la question que je me posais toujours, est ce que ça aurait été une fille ou un garçon ? »

« C’est horrible de se faire enlever un enfant, c’est traumatisant. A moins que la personne soit sûre d’elle, qu’elle n’ait pas envie de cet enfant, qu’elle n’ait pas non plus le choix. Moi je pense que je l’avais le choix, mais qu’à ce moment là je n’ai pas pu prendre une décision claire dans ma tête. J’étais si frustrée, je ne m’attendais pas du tout à cette réaction là. J’ai cru que le ciel me tombait sur la tête. Je ne le comprenais pas. J’ai pris du temps, j’ai réfléchi, mais chaque soir quand je rentrais c’était la guerre, c’était des «  Ce n’est pas mon enfant ! Je ne l’accepterai jamais ! ». Vous savez c’était très dur.. Donc j’ai pris la décision, et quand je lui ai annoncé il était content.. Il m’a amené à l’hôpital et il m’a pas lâché 5 min pour en être sûr. Après ça pour lui la vie continuée comme si rien ne s’était passé. Il ne m’en a jamais reparlé, il n’y a pas eu de moment où il s’est remis en question, où il regrettait.. Quand je suis partie je lui ai tout expliqué, et il ne m’a jamais dit pardon, rien, absolument rien. Après avec le recul on pense autrement. Je me suis toujours imaginée avec deux enfants. Malheureusement j’ai peut être pris la mauvaise décision, quand j’y repense je me dis aujourd’hui que j’aurais mes deux enfants. J’ai culpabilisé pendant très longtemps. J’étais une femme malheureuse, j’arrivais plus à m’épanouir. Avant je vivais dans le rêve de me dire que j’allais avoir un enfant avec l’homme que j’aime. Et quand il m’a dit que je devais avorter sinon il partait j’étais effondrée. Je me dis qu’on peut jamais connaître totalement une personne, qu’il y a toujours quelque chose que la personne cache, et garde en lui. C’était un gros choc. Il cassait tout dans la maison. Et le jour où il a vu que je n’avais plus l’enfant il est redevenu lui. Mais je lui ai fais payer à ma façon, j’ai fais chambre à part durant 1 an, et un matin je me suis réveillée et je suis partie. Je pense aussi que ça aurait été beaucoup plus difficile si par la suite je n’aurais pas eu d’enfant, même si ça ne comblera jamais ce que j’ai fais, ça n’enlèvera jamais la blessure que j’ai en moi. »

Êtes-vous pour ou contre l’avortement ?

« Je suis pour et je suis contre, il y a les deux, je suis pour car je pense que dans certaines situations il y a des femmes qui sont trop jeunes, qui ont eu un accident, qui n’ont pas de situations, ou encore pour les femmes qui se font violer et qui tombent enceintes, elles ne pourront jamais regarder leur bébé avec amour. Mais je suis contre car on enlève la vie, c’est tuer un enfant. Mais dans tous les cas ce n’est jamais une épreuve facile. Je ne jugerais jamais une personne qui se fait avorter. Maintenant il y a beaucoup de moyens de contraception, mais c’est toujours délicat, il y a des choses que l’on peut éviter, et d’autres non. C’est toujours une épreuve difficile quoi qu’il arrive, je me demande toujours comment une femme ne peut pas être traumatisée par un avortement. On y pense toujours au cours de sa vie, ça me revient toujours. Après je me dis aussi qu’autant ne pas faire naître un bébé, si je ne peux pas lui apporter ce dont il a besoin, d’amour, de temps, d’écoute, de compréhension, de tout. Ou pire de l’abandonner comme certaines le font. Je ne vais pas me dire, je ne tue pas mon enfant mais maintenant il est là et basta. C’est aussi pour cela que beaucoup de personnes font famille d’accueil, ils vont recueillir ces enfants là. Après c’est mon point de vue. Ton enfant vit à travers toi, ton enfant c’est ton image, il se construit grâce à toi. Quand on veut un enfant il faut y réfléchir, ce n’est pas une idée subite, un enfant ça grandit et ça implique beaucoup de choses. Et je pense que mon désir de devenir moi-même famille d’accueil vient de tout cela, ça me touche énormément. »

La question de la suppression du droit à l’avortement est évoquée avec Stéphanie, et elle nous répond convaincue « Non ! Non non je suis contre cette suppression. Parce que c’est un droit qu’on a ! Si la personne ne se sent pas d’être maman je ne vois pas pourquoi elle serait obligée de mettre à terme sa grossesse. Après bien sûr il y a des moyens de contraception, mais je peux bien en parler qu’on peut tomber enceinte malgré ça ! Moi je suis contre, il faut laisser le droit à l’avortement, bien sûr il ne faut pas que ce soit un droit à répétition. »

Comme le disait Simone Veil « Aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement ». Nous pouvons voir à travers l’histoire de ces femmes que leur avortement importe et importera longtemps dans le récit de leur vie, et que parfois cette épreuve est la construction de nouvelles valeurs, comme pour Brigitte nous laisse découvrir son besoin de devenir famille d’accueil. Cependant, le plus important reste d’en parler, c’est pourquoi cette année, la question a été discutée sur les réseaux sociaux avec la création d’un hashtag #ShoutYourAbortion, qui signifie en français « Parlez haut et fort de votre avortement ». Une ouverture sur le sujet qui permet à beaucoup de femmes de partager leurs expériences, leurs émotions mais surtout de s’échapper et de se libérer du silence.

Un numéro vert national « Sexualités, Contraception, IVG » a été lancé en octobre 2015. Il est porté par le Planning Familial et confirmé par le service public : Si vous avez besoin d’aide : 

–> Numéro national : 0800 08 11 11

 

Anaïs SEIGNON.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s