L’université en France vue par une étudiante étrangère

Alors que les diplômes ne permettent, aujourd’hui, plus nécessairement de s’assurer un avenir pérenne, force est de constater que, dans une quête permanente de valorisation du vécu et des expériences professionnelles, les étudiants français se tournent de plus en plus vers l’étranger.

Et ce pour diverses raison : perspectives linguistiques, découverte culturelle ou encore projet professionnel concret, étudier à l’étranger représente un véritable plus pour les jeunes français.

Mais qu’en est-il des étudiants étrangers désireux de suivre un cursus en France ? La réputation dont jouit traditionnellement l’éducation française à l’étranger est-elle toujours d’actualité ? Les étudiants étrangers sont-ils toujours intéressés par un séjour dans un pays d’où les étudiants locaux ne cessent de s’exiler ?

Autant d’interrogations abordées dans le cadre d’un entretien avec Phan, étudiante vietnamienne de 20 ans à la Sorbonne Nouvelle.

La France était-elle l’unique destination proposée par votre établissement ou avez-vous choisit de venir étudier à Paris ?

« Venir étudier en France, c’était avant tout mon choix. Ayant étudié le français plusieurs années au cours de mon cursus au Vietnam, il était logique de m’orienter vers la France. »

Quelles étaient vos motivations par rapport à ce projet ?

«  La France est réputée pour la qualité de son éducation et bénéficie d’un environnement propice au travail. Et puis, c’était une opportunité rêvée pour améliorer mon niveau de vie futur. Venir étudier ici me permettait également d’apprendre à maitriser parfaitement la langue française, ce qui représente un vrai plus, puisque je parle déjà vietnamien, anglais et allemand. »

Savez-vous si d’autres étudiants de votre université d’origine sont venus étudier en France, ou bien votre cas est isolé ?

« Oui, beaucoup d’étudiants vietnamiens viennent étudier en France. Sur les deux classes de bac langue-français de mon établissement d’origine, nombreux d’entre nous ont choisi de venir étudier en France, mais pas que. Majoritairement pour les mêmes raisons que moi d’ailleurs : la langue étrangère la plus étudiée au Vietnam étant le français. C’est donc le choix le plus simple, c’est dans la continuité de notre enseignement. De toute façon, pour la majeure partie des élèves de cette classe, ce sont les parents qui ont choisi la spécialité française dans l’optique de faire partir un jour leurs enfants en France, surtout pour ceux qui visent médecine. »

Aviez-vous des attentes particulières en termes d’enseignement en France, des contenus particuliers que vous souhaitiez apprendre ici ?

«  C’est difficile à dire car je n’étais jamais allé à la fac au Vietnam, donc je n’avais pas de référence. Par contre, en ce qui concerne la vie à Paris, j’avais effectivement quelques attentes. D’abord, j’étais surprise parce que je ne me doutais pas que la vie culturelle était aussi riche. Il y a beaucoup d’avantages et de possibilités pour les jeunes d’accéder à des activités culturelles ; une vie culturelle très négligée au Vietnam. Et ça, c’est vraiment l’un des points forts de Paris »

Quel est votre cursus universitaire en France et comment l’avez-vous choisi ?

« C’est l’un de mes professeurs qui m’a encouragé à suivre un DUT plutôt que la fac, en raison du côté pratique de la formation en IUT. Là-bas, l’enseignement n’est pas focalisé sur la théorie comme c’est le cas à la fac… En plus, en choisissant l’IUT, cela me permettait d’avoir 2 diplômes après 3 ans d’étude (ndlr : le DUT et la L3), c’est un avantage non négligeable ! J’ai ainsi, en plus d’avoir d’une formation pratique avec l’iut qui te pousse à aller sur le terrain, des bases théoriques grâce à ma troisième année à la fac. »

Concernant les diplômes français, pensez-vous qu’ils ont une valeur spéciale aux yeux des étudiants étrangers, au Vietnam comme ailleurs ?

« Oui, les diplômes français ont certainement plus de valeurs que d’autres issus d’autres pays, des diplômes vietnamiens par exemple. Tout cet imaginaire repose sur la bonne réputation de l’éducation française. En plus, si une personne est titulaire d’un diplôme français, cela veut dire qu’elle possède et des connaissances pratiques et une bonne maîtrise linguistique. C’est une double garantie, finalement. Mais c’est c’est très relatif car tout le monde ne travaille pas de manière égale dans les universités françaises. »

Justement, en vous appuyant sur votre expérience personnelle, comment jugez-vous le niveau de l’éducation française ? Est-il conforme à vos attentes initiales ?

« Alors oui, c’est conforme par rapport à ce que je me faisais comme idée de chaque système. L’IUT et la fac sont vraiment différents ; en ce qui concerne l’IUT, je peux assurer que je n’ai pas été déçue. D’ailleurs, je le préfère à la fac, car je trouve ça intéressant de se focaliser sur le côté pratique des études, surtout dans un milieu comme la communication. 

Au niveau des enseignants, j’ai le sentiment que les professeurs de formation/de métier sont plus au courant de ce qui se passe réellement sur le marché du travail. Les profs à la fac sont plutôt des chercheurs, donc ils n’ont pas forcément beaucoup d’expériences professionnelles qui nous intéressent. Ils se contentent de l’aspect purement théorique. C’est important mais on ne peut pas se contenter juste de la théorie. »

 

Avec le recul, si vous pouviez choisir de revenir au moment de votre décision, est-ce que vous partiriez à nouveau pour la France, ou est-ce que vous vous tourneriez plutôt vers un autre pays ?

« Toujours la France ; déjà pour la langue. Puis je suis vraiment contente de mes années à l’IUT. Après je n’exclus pas la possibilité d’effectuer une troisième année à l’étranger, peut être dans un pays anglophone, toujours dans une démarche linguistique. Mais sinon, je me sens bien en France, et j’aime bien Paris ! »

 

Conformément aux attentes, c’est une étudiante relativement réaliste sur le niveau de l’éducation française qui s’est présentée à cet entretien ; chez les locaux comme les étrangers, le système universitaire – la fac, tout du moins – apparaît complètement obsolète dans un monde du travail régit pas les expériences professionnelles et la science du terrain.

S’il on peut confirmer l’hypothèse selon laquelle la France a su conserver son image de système d’éducation de qualité – concernant les facultés -, il convient de nuancer le propos tant les formations plus structurées et orientées pratique regagnent l’affection des jeunes français, comme des étudiants étrangers, donc.

Reste que la ville lumière et sa richesse culturelle attirent et séduisent toujours autant !

Plus sérieusement, la perspective d’effectuer une année dans un pays étranger est une opportunité enrichissante qui, couplée à un cursus complet peut s’avérer un choix valorisé par les employeurs ; chers collègues étudiants, vous savez ce qu’il vous reste à faire !

 

Pierre Aimond

 

 

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