Le magazine Soixante Quinze a débarqué dans nos kiosques et nous propose une nouvelle façon d’envisager l’information !

En mars dernier, un nouveau mensuel s’est incrusté dans nos kiosques, nous proposant une information locale, innovante et de qualité. Mais qui se cache derrière Soixante Quinze, en passe de faire revivre la grande communauté de l’Île de France ? Tirés à plus de 20 000 exemplaires, en quelques mois seulement, rencontre avec Mathilde Azerot, en charge du développement du magazine.

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D’où viens-tu et où as-tu grandi ?

J’ai grandi en région parisienne, dans une petite ville de grande banlieue, Herblay dans le Val d’Oise. J’ai ensuite pas mal bougé, à Londres, à Toulouse, à Rennes, à Montréal. Je vis aujourd’hui dans le 10e arrondissement de Paris.

Quels métiers faisaient tes parents ?

Ma mère était institutrice puis a repris ses études à 48 ans pour devenir psy, ce qu’elle est devenue aujourd’hui. Mon père lui est directeur adjoint de plusieurs bureaux de poste à Colombes (Hauts-de-Seine).

Quels sont tes rêves d’enfant ? Qu’est-ce que tu voulais faire quand tu étais jeune ?

J’étais assez rapidement voulu devenir journaliste. À la base, je voulais être journaliste sportif. J’ai été super marquée par les Jeux olympiques de Barcelone en 1992, j’avais 10 ans. Mes idoles étaient le sprinteur américain Carl Lewis et puis bien sûr Marie-José Pérec ! Je voulais travailler au journal L’Équipe

Quels magazines lisais-tu ?

Il y a toujours eu la presse à la maison. Le Monde, Libération, Télérama et puis, lors des grands rendez-vous sportifs, on achetait l’Équipe. Sinon, quand j’étais à l’école, nous étions abonnés au Petit Quotidien qui résumait l’actualité pour les enfants à l’école primaire.

Et puis, j’ai fait beaucoup de gymnastique et j’étais abonnée au magazine Le gymnaste.

Quelles études as-tu suivies ?

Après un bac littéraire, je suis entrée en Deug (les deux premières années à la fac) de Lettres à Cergy-Pontoise (Val d’Oise), ensuite j’ai changé pour faire une Licence d’Histoire (troisième année à l’époque). Ensuite, j’ai voulu faire des sciences politiques, donc j’ai repris une licence de sciences po à l’université de Nanterre. Après je suis partie à Toulouse pour faire la maîtrise (équivalent master 1) de sciences po à la fac de droit. Enfin, j’ai fait mon master 2 de sciences politiques à l’Institut d’études politique de Rennes. C’était un master 2 professionnel pour devenir journaliste.

Après avoir eu ton diplôme, quelles ont été tes premières expériences professionnelles ?

Le master 2 que j’avais choisi étant professionnalisant, nous avions 6 mois de stage à faire. J’ai donc réalisé toute une série de stage (à l’hebdomadaire Politis, au journal L’Humanité, au Monde, puis dans un mensuel qui s’appelait Territoires). J’ai ensuite pu décrocher des piges pour Politis et j’ai signé mon premier contrat à Territoires pour un remplacement de congé maternité puis de congé parental. J’y suis restée quasiment un an, avant de partir au Québec pour travailler au journal Métro de Montréal.

Es-tu l’initiatrice du projet de Soixante Quinze ?

Non. C’est David Even, le directeur du magazine. Il avait créé auparavant un autre mensuel qui s’appelait Le 13 du Mois qui se consacrait uniquement à l’actualité du 13e arrondissement de Paris. Le magazine a été édité pendant plus de 5 ans (57 numéros). J’ai, pendant plusieurs années, collaboré en tant que pigiste à ce magazine et il y a deux ans, avec l’équipe de pigistes en place et David, nous avons essayé de créer un autre titre qui devait couvrir tout Paris et pas uniquement le 13e. Le projet est tombé à l’eau mais lui a continué à travailler sur l’idée de créer un autre magazine.

Pourquoi as-tu eu envie d’embarquer dans ce projet ?

Franchement, c’est une expérience inouïe que de faire un journal. C’est une grande aventure. D’un autre côté, les attentats de Charlie Hebdo (en janvier 2015) nous ont conforté dans notre certitude que la presse est un élément cardinal d’une démocratie et d’une société tout court. Cela a du sens et c’est à nos yeux, primordial de défendre le droit à l’information, à la pluralité de l’information. Créer un magazine dans ce contexte avait d’autant plus de sens qu’il parle de Paris.

Quel est le concept du magazine ? Quelle était l’idée de départ du lancement de 75 ?

L’idée était d’étendre le concept du 13 du Mois à l’ensemble de la capitale, c’est-à-dire faire de l’information locale mais au long cours sur Paris, cette ville-monde, que beaucoup ne voient que comme une capitale politique, économique, culturelle où alors comme la capitale du tourisme, du shopping ou de la mode. Non, l’idée est de parler de ces gens qui vivent ici, qui s’y aiment, qui y ont des enfants, qui y travaillent, qui y meurent. Des Parisiens quoi ! L’autre ambition de Soixante-Quinze est aussi de redonner des couleurs à l’information locale. Oui, il est possible de faire du bon journalisme de terrain en parlant de ce qui se passe en bas de chez nous, qu’au coin de notre rue (surtout à Paris) on peut trouver le monde entier.

 Vous n’avez pas eu peur de vous faire voler vos idées, votre concept ?

Nous partons du principe que plus il y aura de projets, plus la presse sera dynamique, plus nous pourrons travailler en synergie et plus cela nous fortifiera.

Bon, évidemment, une fois qu’on a dit ça, c’est clair que l’idée est de ne pas être dans le même créneau que d’autres publications. Donc, nous sommes le seul mensuel de société sur Paris. C’est sûr que si demain, un autre éditeur, avec plus de moyens, qui se mettrait sur la même périodicité, la même ligne éditoriale et le même territoire, nous serions inquiets. Ce n’est pour l’instant pas le cas. Ensuite, nous avons pu constater que certains des sujets traités dans le magazine avaient été repris par d’autres, bon, c’est le jeu, cela ne nous nuit pas vraiment, c’est comme ça que cela se passe très souvent dans la presse. Sinon, des projets identiques se sont créés à Toulouse, à Rennes (qui a été le premier en la matière), à Marseille et c’est très bien car si les grands quotidiens nationaux perdent des lecteurs, nous sommes persuadés (comme nous l’a montrée l’expérience du 13 du Mois) que c’est la proximité, le local, la vie des gens qui intéresse le lecteur.

La presse est un milieu en difficulté, ça ne vous faisait pas peur d’investir dans ce projet ?

Bien sûr que beaucoup de monde considèrent que nous sommes des fous. Surtout à l’heure d’internet. Il est évident que créer un magazine papier en 2016, c’est quasiment un acte politique, c’est un choix qui n’est pas anodin. Mais comme l’arrivée de la télé n’a pas tué la radio et l’arrivée de la radio n’a pas tué la presse écrite, nous pensons qu’il faut repenser les choses dans notre époque mais qu’il y aura toujours un lectorat attaché au papier. Il faut cependant, ce que je disais plus haut, prendre acte du fait que les gens, comme les consommateurs qui font attention à ce qu’ils mangent, sont très exigeants quant à la qualité du contenu car ils ont accès à toutes les informations via internet. Il faut donc leur apporter ce qu’ils ne peuvent avoir sur internet : la relation au papier, de belles photos sur papier glacé, un contenu de qualité, sur leur ville, le fait de se poser pour lire des articles un peu long, le fait de prendre son temps, etc. cela reste quelque chose d’important pour beaucoup de gens.

Et puis aussi et c’est un élément important dans la création de Soixante-Quinze, nous voulons affirmer que fournir de l’information, faire travailler des photographes, graphistes, journalistes professionnels, etc., cela a un coût. Il faut sortir du tout gratuit car c’est un leurre, rien n’est gratuit.

Bon, tout l’enjeu est de trouver ce lectorat et il est évident qu’il faut du temps, qu’il faut gagner en notoriété, etc. et que étant donné les investissements colossaux que demande une telle entreprise, il est (grandement) possible que nous n’y arrivions pas. Il faut garder en tête que 70% des nouvelles entreprises, tous secteurs confondus, ne passent pas la première année. Créer une entreprise est une prise de risque. Cependant, je reste persuadée qu’il existe aujourd’hui en 2017 un vivier de personnes disposées à payer et à payer cher pour lire un magazine de qualité.

Comment est-ce que vous avez monté le projet, concrètement ? Quelles ont été les étapes nécessaires au lancement du magazine ?

La première étape est de faire une étude de marché. Cela a été assez rapide concernant Soixante-Quinze car hormis Vivre Paris qui est trimestriel « lifestyle », L’instant parisien qui est un mook à 20 euros ou ExpoCity qui est un guide des expositions sur Paris et évidemment le quotidien Le Parisien, il n’y a rien. Ensuite, il faut définir une ligne éditoriale. Ici : redonner ses lettres de noblesses à l’information locale, faire du reportage, des enquêtes au long cours sur Paris.

Ensuite, il faut créer l’identité graphique, la maquette du magazine, puis les rubriques, créer, ce qu’on appelle un chemin de fer (le déroulé page à page du magazine). Nous avons donc élaboré ce qu’on appelle un numéro 0, qu’il est possible de montrer aux potentiels investisseurs, aux banques, etc. Après, une fois le business plan peaufiné, il faut réaliser un tour de table et aller chercher des investisseurs, sachant que Soixante-Quinze est un magazine indépendant puisqu’il appartient à 51% à la rédaction. Nous avons réalisé une campagne de financement participatif sur la plateforme Kisskissbankbank, nous avons obtenu 16 000 euros.

La société éditrice, Arrondiss’Presse (qui édite donc le magazine) existait déjà car elle éditait déjà le 13 du Mois (c’est David Even qui l’avait créée avec son ancien associé Jérémie Potée). Les statuts sont restés les mêmes, c’est une SARL. Nous avons effectué une montée en capital passant de 5 000 euros à 50 000 euros. Ensuite, il nous a fallu pour obtenir notamment des aides indirectes de l’État à la presse (pour la Poste par exemple) être reconnu par la Commission paritaire des publications et agences de presse. Enfin, ultime étape, afin aussi de pouvoir solliciter certaines subventions ou aides, nous avons obtenu la reconnaissance de publication d’information politique et générale (IPG).

Est-ce que vous avez rencontrez des difficultés ?

Oui et nous en rencontrerons toujours. Les principales difficultés sont liées d’une part au secteur de la presse qui, il ne faut pas se mentir, est sinistré, et de l’autre au fait que nous ne sommes pas assez connus.

Est-ce que vous avez fais face à des moments de doutes, de stress, de remises en questions et de changements de directions ?

Tout le temps, tous les jours. Nous n’avons pas fait de changements au sein de l’équipe mais les cartes ne sont pas distribuées comme au début. Nous sommes une équipe qui se construit en même temps que le projet, nous avons dû tout mettre en place, du coup, oui, les choses bougent souvent, notamment au sein même du magazine (du produit) nous opérons des changements réguliers.

Comment le magazine a-t-il été accueilli par le public ?

Cela dépend des numéros. Le premier numéro a très bien marché (nous avions une com’ démentielle aussi, nous avons même fait le 20h de TF1)… ensuite il y a eu une chute, ce qui est normal. Aujourd’hui, nous sommes au numéro 8 et nous n’avons pas encore trouvé notre rythme, mais il y a des éléments très positifs comme l’augmentation constante du nombre d’abonnements. Pour la vente au numéro, quand le magazine est bien placé dans la multitude de titres, il se vend bien (certains kiosquiers sont très très contents), mais la difficulté est justement d’être bien placé et comme nous ne sommes pas assez connu, eh bien, c’est une guerre. Bref, vendre un magazine c’est mettre en place une multitude de choses pour que la sauce prenne et être bien placé (ainsi qu’avoir une belle couverture) est fondamental. C’est l’une de nos batailles aujourd’hui.

Où est-ce qu’est distribué le magazine ?

Le magazine est distribué dans 1 000 points de vente (90% dans Paris intramuros) en Ile-de-France, c’est-à-dire les kiosques, les marchands de presse et les points Relay. Le magazine est également vendu dans les grandes gares tgv de France et dans les aéroports. Nous sommes aussi vendus dans sept FNAC et dans une vingtaine de librairies parisiennes.

À combien d’exemplaires tirez-vous ?

Nous tirons à 20 000 exemplaires.

Comment rentabilisez-vous le magazine ?

Aujourd’hui nos sources de revenu sont les suivantes : les ventes en kiosque, les abonnements et la publicité. Aujourd’hui, nos revenus ne couvrent pas les charges, on dit qu’il faut environ deux ans pour installer un titre (pour « installer » un titre et non pas pour que celui-ci soit rentable). Nous sommes nés il y a huit mois, donc nous sommes loin du compte. Mais pour l’instant rien d’anormal.

Pour toi, quelle est votre force ?

Notre force est d’être une entreprise à taille humaine (nous sommes six à temps complet, plus une commerciale en auto-entrepreneure, et deux mi-temps), par ailleurs nous sommes seuls pour l’instant sur ce créneau.

Aujourd’hui quel est ton quotidien ? Ton rôle ? Ton poste ?

Je suis en charge du développement du magazine (partenariats, développement des abonnements, du circuit de distribution et de la communication).

Aujourd’hui, tu te sens épanouie dans ces activités ?

Je me sens surtout sur tous les fronts. A la base, je suis journaliste et je change complètement d’environnement et de fonction, donc j’apprends, j’apprends, mais non, je ne suis pas épanouie pour l’instant. C’est passionnant de voir l’envers du décor, de voir quels sont tous les métiers qui tournent autour de la presse, tous les circuits par lesquels passe le magazine avant d’arriver dans les mains du lecteur. Mais c’est une jungle, dans un secteur en pleine transition, c’est assez « insécurisant ».

Tu travailles beaucoup, qu’est-ce qui te motive ?

Nous sommes une start-up, donc comme dans toute start-up, il est clair que nous ne comptons pas nos heures, que nous pourrions ne jamais nous arrêter, car les dossiers ne se bouclent pas, c’est toujours du « work in progress ».

Comment vois-tu l’avenir ? Quelles sont tes perspectives ? Tes envies/projets ?

Pour l’instant nous sommes trop à flux tendu, nous sommes dans le jus tout le temps pour avoir une vision clair de l’avenir. Nous sommes trop jeunes, donc nos objectifs se situent plutôt à court terme (que le numéro en cours marche, et que le suivant soit encore meilleur) ou à moyen terme (embaucher quelqu’un pour se charger de tout l’administratif car cela nous fait perdre pas mal de temps, temps que nous ne consacrons pas à nos missions principales, développer le site internet, etc.). Je souhaite évidemment que le magazine grandisse et que les choses se stabilisent pour que nous puissions prendre un peu de recul sur les choses et justement pouvoir planifier et penser au long terme. Cela nous apporterait une certaine sérénité que nous n’avons pas pour le moment.

Quel conseil donnerais-tu à quelqu’un qui souhaite développer un projet de magazine par exemple ?

Eh bien, bien étudier la concurrence, bien s’entourer et avoir assez d’argent au départ. Mais une fois qu’on a dit ça (qui est valable pour toute personne qui veut créer son entreprise), le plus important c’est de savoir ce qui a du sens pour soi mais aussi (et je pense que c’est une chose à laquelle la presse ne pense pas assez) ce qui a du sens pour le lectorat car in fine, on fait un journal pour qu’il soit lu.

Quelle est ta devise ?

Elle n’a pas forcément à voir avec la création du magazine, mais je dirais qu’elle est la suivante : « Vivre et laisser vivre », hahaha, je ne sais pas si cela signifie grand-chose, enfin si, en gros, cela invite à prendre sa place mais invite aussi à laisser la place aux autres.

 Coup dur : Je n’ai pas vraiment d’épisode particulier en tête, mais d’une manière générale, je dirais qu’en tant que femme, imposer sa parole, imposer ses idées, prendre position demande beaucoup d’énergie. Plus que pour les hommes, me semble-t-il. Donc, c’est parfois fatiguant, enrageant et vexant.

Coup de chance : Toujours professionnellement, je ne dirais pas que c’est un coup de chance car j’ai construit mon parcours, donc c’est assez logique, mais je me considère super chanceuse de faire ce que je fais aujourd’hui. J’aime la presse, j’aime Paris et j’aime le travail en équipe. Donc, si le quotidien est rock’n’roll, que l’avenir est incertain, pour rien au monde je n’aurais manqué de vivre ce que nous vivons avec Soixante-Quinze.

Carla  B

Ca

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