L’Iran, un pays de paradoxes

Après 3 ans à la tête du pays, Hassan Rohani ne laisse pas insensible. Jugé sur sa capacité à rouvrir l’Iran au monde, il ne faut en oublier les problèmes internes dans la société iranienne. Dans ce pays au pouvoir religieux, la femme n’est pas égale à l’homme. Dans notre reportage, nous allons tentés de comprendre ces différences, l’apport de Rohani mais aussi comment les femmes, comme les hommes, luttent pour qu’une véritable égalité naisse en Iran.

Si l’on vous envoyait passer une journée dans l’Iran des années 70, nul doute que la société dans laquelle vous plongeriez vous bouleverserait tant les codes sociaux et religieux ont changé. Une époque à laquelle les femmes prenaient un verre en terrasse, portaient des jupes courtes, étaient en maillot à la plage, où les magazines aux unes glamour étaient légions, où en réalité une société entière vivait dans le souffle de l’occidentalisation.

Révolution islamique, pouvoir religieux à la tête du pays, restriction des droits des femmes, voilà le chemin qu’à emprunté l’Iran depuis plus de 30 ans. Alors l’élection d’Hassan Rohani en 2013 plonge le pays dans une nouvelle ère, celle d’une modération qui se lie avec l’espoir de revoir une société iranienne moins religieuse et ouverte au reste du monde. Pari réussi pour Rohani ?

Des élections législatives décisives 

26 février 2016, date importante pour l’Iran. Les Iraniens sont appelés à voter dans les urnes. Ces élections sont les premières depuis l’accord historique sur le nucléaire signé avec les grandes puissances occidentales. Et c’est une réussite pour la politique de Rohani. En effet, les réformateurs (alliés aux modérés) remportent la quasi- totalité des sièges face au parti des conservateurs aux élections de l’assemblée législative et l’Assemblée des experts.

Ce qu’il faut retenir de ces élections, c’est tout d’abord l’acceptation de la politique d’ouverture de Rohani et un refus de l’ancienne politique radicale iranienne. Mais également le taux de participation qui s’est élevé à 62%, toutes tendances confondues, un score qui montre une réelle envie de changement de la part du peuple iranien. Soutien important dans ces élections, les femmes. En effet, elles se déplacent en nombre et appuient ainsi la politique des trois années de présidence de Rohani.

Néanmoins, dès les années 90, cette conception religieuse extrémiste commence à évoluer et un début de dialogue s’instaure entre les différentes entités. On reconnaît l’individualité et donc la question de la femme et leurs revendications.

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Credit : Ebrahim Noroozi /AFP

Une place délicate dans la société

Être une femme aujourd’hui dans la société iranienne n’est pas aisée. Elles souffrent de grandes différences avec les hommes et sont sous menace constante d’arrestation voire de « punitions » en cas de non respect de lois religieuses comme par exemple : chanter en public et sur scène, conduire en étant mal voilé, relation sexuelle lesbienne, faire la bise, soirée avec des hommes. Ces « délits » peuvent aller d’une simple arrestation pour un voile mal porté à une centaine de coups de fouet pour une relation lesbienne. La peine de mort n’est pas à excluse, en cas de multi-récidives.

Monika Mousavi, doctorante en Études Politiques que nous avons rencontré, nous déclarait que « dans un système politique islamiste, les questions d’alcool et des femmes sont les plus importantes » alors malgré une modération du pouvoir, les lois restent d’une racine islamiste. Cependant, M.Mousavi affirme « qu’il y a du mieux » et que les lois sont assez contournées. En effet, elle constate que  « la société iranienne n’est pas aussi religieuse que son système politique »  ce qui permettrait aux femmes de ne pas subir une pression constante, comme en Arabie Saoudite par exemple. Layla, étudiante iranienne nous affirme « j’ai déjà été arrêté en voiture pour un voile mal porté« , une garde à vue plus tard et une promesse de remettre son hijab correctement et Layla peut retourner chez elle. 

Des femmes tournées vers l’éducation

Aussi improbable, alors que normal, les femmes sont les plus présentes dans les universités en Iran. En effet, elles représentent 60% (selon le site Opinion internationale) des élèves en amphitéâtre. Un chiffre élevé, qui démontre une réelle envie d’émancipation du cadre familiale où l’homme travaille et la femme reste à la maison. Sara, étudiante à Téhéran, nous a avoué son optimisme vis-à vis de cet accès aux universités « être éduqué est important pour nous femmes, ça permet de croire à changement de statut dans la société. Malheureusement il y a toujours des limites, comme l’accès aux postes importants« . L’éducation peut être à la base d’un changement dans le cadre social, c’est ce que pense Sara « Peut-être qu’un jour, les femmes seront plus éduquées que les hommes, alors nous ne leur obéirons plus ». L’éducation amène l’identité sociale et en l’occurence peut renforcer les femmes à s’émanciper en Iran.

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Credit : Opinion Internationale

My Stealthy Freedom, l’appel à l’égalité

Malgré une souplesse présente sur les lois religieuses, le combat ne s’arrête pas pour des femmes dont la soif d’égalité ne baisse pas. Et c’est la populaire militante Masih Alinejad qui créera une page connue à travers le monde entier, My Stealthy Freedom (ma liberté secrète). Une page où les femmes luttent notamment contre le port obligatoire du voile. Récemment la page a connu sa plus forte médiatisation suite à une campagne de sensibilisation avec le port du voile par les hommes, montrant ainsi un combat non pas que des femmes mais de l’ensemble de la société à combattre ces lois religieuses et non égalitaire entre hommes et femmes. Les femmes sont régulièrement invités à se prendre en photo en ayant retiré leur voile. Avec plus d’1 million de fans, la page s’inscrit alors comme le fer de lance du combat des femmes en Iran.

Une série de vidéo Youtube 100 years of beauty montre l’évolution des look à travers le monde. Cette vidéo sur la femme iranienne montre parfaitement l’occidentalisation de la femme jusqu’aux années 70 pour ensuite revenir à une tenue religieuse et enfin un assouplissement de la tenue, nottament par les cheveux libérés et la couleur du voile.

Le combat de ces femmes aboutira t-il réellement à l’égalité entre homme et femme ? Où s’arrêtera le paradoxe iranien ? Entre ouverture économique aux pays du monde et régression sociale, l’Iran n’est plus à un paradoxe près. Cependant l’Iran ne semble jamais avoir été aussi proche, et ce depuis longtemps, de balancer du bon coté de l’égalité sociale. Ça sera bien la première fois qu’un retour en arrière, signifierait une grande avancée pour un pays !

Alexandre

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