« La Place », la nouvelle place forte de la culture hip hop

A l’initiative de la Ville de Paris, un centre culturel spécialisé dans le hip hop a ouvert ses portes aux Halles depuis septembre. « La Place » a pour but d’accompagner les artistes dans la création et la diffusion de leur art. Mais également de créer un certain dynamisme autour de la culture hip hop, en concentrant ses différentes activités dans un même lieu.

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Son nom est sobre, mais le projet qui se cache derrière « La Place » l’est un peu moins. Depuis la rentrée 2016, ce centre culturel spécialisé dans la culture hip hop a ouvert ses portes dans le quartier des Halles, à Paris. Son but ? Dynamiser le mouvement culturel et soutenir les artistes et entrepreneurs du hip hop dans leurs activités. Une initiative majeure pour le paysage culturel parisien.
Un projet d’envergure qui a été envisagé et initié dès 2008 par la Mairie de Paris, au moment où la municipalité réfléchissait au visage à donner aux Halles, alors en rénovation. En 2009, c’est Bruno Julliard, adjoint à la jeunesse, qui soumet l’idée d’un centre dédié au hip hop et qui voit sa proposition acceptée. Une fois les travaux accomplis et la nomination d’une équipe effectuée, sept ans plus tard, « La Place » ouvre ses portes. « Cela faisait des années que je me bâtais avec Anne Hidalgo pour que notre ville prenne l’initiative et renouvelle sa politique culturelle, pour être au diapason des réalités de la vie culturelle de Paris et de l’ensemble de la métropole. Je me réjouis que Paris puisse aujourd’hui donner une visibilité nouvelle et revendiquée à un mouvement culturel qui a embrassé et questionné toutes les grandes disciplines artistiques », expliquait lors de l’ouverture, Bruno Julliard, devenu premier adjoint et chargé de la culture en 2012.

Si la rénovation des Halles a profité au développement du projet « La Place », l’implantation dans ce lieu est un symbole fort. Plus grande station de métro de Paris et lieu de passage de trois lignes de RER (750.000 passagers par jour), Chatelet-Les Halles a été un lieu majeur de la diffusion de la culture hip hop au moment de son arrivée en France. « Pour les danseurs ou les rappeurs des années 80 et 90, c’est vraiment un emplacement symbolique car c’était un vrai lieu de rendez-vous. Par exemple, lors d’un concert à La Place, le rappeur Busta Flex expliquait que c’était assez particulier pour lui rapper aux Halles car c’est là qu’il avait commencé, dans la rue », raconte Jean-Marc Mougeot, dit « JM », le directeur du centre. Le quartier des Halles reste d’ailleurs aujourd’hui marqué par cette influence, avec de nombreux magasins de streetwear.

« UNE VRAIE RECONNAISSANCE DU HIP HOP »
Né dans les années 70 à New York, le hip hop était à la base un genre musical né dans les « blocks parties » des quartiers populaires. A partir de cette nouvelle musique, influencée par la funk et la soul, vont naître de nouvelles pratiques telles que le rap, le DJing, le break-dancing ou encore le beat-boxing. Un ensemble d’activités qui se diffuse au sein des couches populaires et qui vont donner naissance à une culture qui va évoluer dans un environnement urbain, avec par exemple l’apparition des graffitis ou du style vestimentaire streetwear. Le Hip hop est né et, mondialisation oblige, il pénètre les frontières de l’Europe et notamment de la France dès le début des années 80. Paris et ses banlieues deviennent alors un laboratoire pour les amateurs de cette nouvelle culture.
Alors que dans l’espace médiatique français, cette culture émergente est parfois considérée comme une simple mode, elle existe encore aujourd’hui et a fortement contribué à la formation d’une « culture urbaine » à la française. Bien qu’implantée depuis plus de 30 ans, ce mouvement culturel n’est pas forcément perçu comme une culture légitime. Elle semble loin l’époque où l’émission « H.I.P H.O.P », était diffusée sur TF1.  De nombreux acteurs de la scène hip hop ont d’ailleurs œuvré en indépendant et ont su se faire connaître en dépit d’un soutien médiatique. C’est en ça que l’ouverture de « La Place » constitue un acte fort de la part des acteurs politiques. « Le hip hop n’est pas encore reconnu en tant que culture à part entière en France. C’est donc la grosse première mission de ce centre. Ce qui m’a plu dans ce projet, c’est que la Ville de Paris a assumé le terme « Hip hop » et n’a pas tourné autour du pot. On est installé dans un équipement culturel, à côté d’une bibliothèque et d’un conservatoire et on en fait désormais partie à part entière », estime « JM ». Les différents acteurs y voient une forme de légitimation de la part des pouvoirs publics. « C’est une vraie reconnaissance de la culture. C’est gagnant-gagnant pour tout le monde, notamment pour la mairie de Paris car elle participe à l’élaboration d’un lieu culturel central. Les choses sont en train de sérieusement bouger, surtout quand on voit que des toiles de street art sont vendues plusieurs dizaines de milliers d’euros », s’enthousiasme Charles Eloidin (dit « Obsen »), ancien graffeur et rédacteur en chef de WANKR Magazine.

UN LIEU DE CRÉATION ET D’ÉCHANGES
La mission de ce centre de 1400 m² est donc donner les moyens aux artistes de créer au sein de structures développées. Le centre dispose ainsi de multiples équipements (dont certains disponibles en location à l’heure) tels que des studios d’enregistrements et de DJing, studio vidéo, salle de concert, atelier d’artiste ou encore des bureaux dédiés aux entrepreneurs.

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La salle de concert de La Place peut accueillir jusqu’à 400 spectateurs

Sur place, les artistes pourront également profiter des conseils de spécialistes, le tout sous la houlette d’un coordinateur artistique, en la personne de Mourad Saadi. « Le but c’est de permettre aux gens qui veulent développer des projets de pouvoir le faire. On est là pour répondre aux attentes des autres, que ce soit des professionnels reconnus, jusqu’aux groupes débutants. On accueille également tous les types de public qui veulent découvrir ce qu’est le hip hop de manière très large, explique le directeur, également organisateur du festival L’Original. On veut mettre en perspective l’histoire de ce mouvement tout en la créant. On est un centre ouvert. »
Une ouverture qui se retrouve notamment dans la programmation des événements de la première saison. Rap, danse, beat-boxing, graffiti et autres arts graphiques… Aucune composante n’est laissée pour compte dans les rendez-vous de « La Place ». Le centre va même jusqu’à oser le mélange des genres. Ainsi le 18 novembre, les rappeurs S-Pri Noir et Georgio et le musicien Issam Krimi se retrouveront pour mettre en musique des textes littéraires dans le cadre du concert « Proses ».

En plus du soutien à la création et à la diffusion, l’ouverture de cet équipement vise à recréer un espace d’échanges et insuffler un dynamisme nouveau entre les différents arts qui y sont concentrés. « Au-delà de faire des concerts et des spectacles, La Place doit aussi être un lieu où les gens peuvent se rencontrer. Et on va faire exprès de mêler les disciplines pour que tout le monde se retrouve, comme ça se faisait beaucoup avant. Ça se produisait, et ça continue aujourd’hui, dans des battles organisées ou des concerts. Avec La Place, ces rencontres lors de grands rendez-vous seront plus régulières », avance Jean-Marc Mougeot. Les organisateurs comptent notamment sur la multiplication d’échanges informels, que ce soit au bar ouvert à tous, où lors de réunion, comme le « Salon des activistes du Hip Hop » qui s’est tenu le 12 novembre.

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Le bar est l’un des espaces de rencontre des différentes disciplines

Reste que la mise en place d’un tel centre dépendant des pouvoirs publics peut poser question au sein d’un mouvement qui a trouvé sa fibre créatrice à divers coins de rue, dans les cités ou encore les stations de métro. « Il y a un piège dans lequel il ne faudrait pas tomber. Le hip hop appartient à une certaine jeunesse. L’institutionnaliser reviendrait à mettre certaines barrières et règles. C’est une culture qui a besoin de liberté et de sortir des codes qui peuvent être imposés », estime Pat Labz de l’agence d’infographie Design Labz, qui verrait d’un mauvais œil que ce centre devienne « un Conservatoire ». Pour le rédacteur en chef de WANKR, la donne est différente. « L’énergie de base du hip hop est la débrouillardise. Mais ce qui lui a permis de progresser jusqu’à là où il en est aujourd’hui, ce sont des interventions extérieures comme le monde de la mode ou du show-business par exemple. Donc le fait qu’une institution publique l’aide à se développer, ça n’a rien de choquant. C’est juste une continuité. »
Loin de « l’effet de mode » souvent évoqué à l’encontre de la culture hip hop, cette dernière semble bien ancrée, bien que pas toujours reconnue. Plusieurs décennies après son apparition dans le quartier des Halles, son histoire continue. Et l’ouverture de « La Place » en est le signe fort.

Simon MOREL
(Crédit photos : http://laplace.paris)

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