Le Brexit tourne le dos à la jeunesse Polonaise.

Cinq mois après le vote en faveur du Brexit, l’Angleterre se retrouve à nouveau au cœur de la tourmente médiatique. Le pays voit se multiplier des attaques racistes et xénophobes. Des actes qui touchent tout particulièrement la communauté Polonaise. Une situation qui décourage les étudiants polonais qui ne se retrouvent plus dans celle qui fut jadis leur terre d’accueil.

Le 23 juin 2016, l’Angleterre choisit de quitter l’Europe. Le Brexit est enclenché et le monde retient son souffle. Ce vote traduit le ras le bol de la population, l’essoufflement des politiques sociales promues par le parti travailliste et la montée du populisme. Sur fond de crise économique, les tensions entre les différentes communautés grandissent et laissent place à un malaise général. Si ce phénomène n’est pas nouveau et que la xénophobie existait bel et bien, le Brexit l’a certainement encouragé. Dans la semaine qui a précédé le vote, près de 3 000 plaintes ont été recensées pour actes xénophobes, selon la police. Une hausse de 42 % par rapport à la même période de 2015.

http://www.independent.co.uk/news/uk/home-news/brexit-hate-crime-racism-reports-eu-referendum-latest-a7106116.html

Les polonais d’Angleterre sont en première ligne et subissent des attaques à répétitions malgré les tentatives d’apaisement du gouvernement de Theresa May. Un sentiment d’insécurité vécu par les jeunes, arrivés il y a plus de 10 ans pour la plupart.

C’est le cas de Karolina, étudiante en médecine dentaire. Résidente anglaise depuis 2004, elle a gardé sa nationalité polonaise, bien que ses parents habitent la ville de Newcastle, dans le nord de l’Angleterre. La jeune étudiante de 22 ans est membre de la Polish Society of Manchester, une organisation qui rassemble des étudiants polonais de l’Université de la ville. Troisième plus grand ville Anglaise après Londres et Birmingham, Manchester recense également de nombreuses attaques verbales ou physiques malgré le caractère ultra-dynamique de la ville. C’est en partie cette majorité d’étudiants qui a fait gagner le « Remain » à 60.4%. Le centre de la ville, resté très ouvert culturellement et les quartiers au sud – Didsburry, Fallowfield et Rusholme – se sont mobilisés en masse pour rester dans l’Union Européenne. Toutefois, depuis quelques mois, la tension est palpable suite à plusieurs bagarres de rue entre groupes de jeunes. Karolina – qui réside à Fallowfield – explique que ses parents lui ont désormais interdit de parler Polonais en public et de redoubler d’attention. Elle se sent mise à l’écart et même s’il ne lui est rien encore arrivé, elle ressent ce racisme « définitivement dans l’air ». Ses parents lui ont également déconseillé de candidater comme dentiste à Londres où le racisme est, selon eux, le plus fort. Cette peur, liée au rejet des anglais pour l’immigration, a finalement décidé Karolina à quitter l’Angleterre : ne se voyant pas vivre dans un pays qui ne veut plus d’elle. Cette idée que les polonais ne sont plus la « bienvenue » en Angleterre est partagée par ses amis et membres de la Polish Society.

Fallowfield. Fleurine.D

Fallowfield. Fleurine.D

 

Niecoo, polonaise également arrivée en Angleterre en 2004, a été reprise par une vieille dame dans un bus, en allant vers le très populaire Trafford Center de Manchester. La vieille dame, après avoir entendu parler Niecoo en polonais l’a prévenu qu’elle allait bientôt devoir « rentrer chez elle » et qu’elle devait « faire ses bagages ». Cette agression montre bel et bien que le Brexit a légitimé ce racisme et encouragé la xénophobie. Des villes comme Manchester, anciennes cités industrielles, sont touchées par la crise économique. Les habitants touchés par le chômage tiennent Bruxelles et l’immigration pour responsables.

Dix ans après la vague d’immigration polonaise – entre 2004 et 2006 – les tensions sont encore très vives et sont réanimées par les discours nationalistes du parti eurosceptique UKIP. De graves attaques proférées dans toute l’Angleterre et le meurtre d’un homme de 43 ans : Arkadiusz Jozwik, dans la banlieue Londonienne d’Harlow – qui a voté à 68% « Leave » – inquiètent la population. A ces attaques physiques, s’ajoutent des insultes et messages de haines, tagués, envoyés par voie postale ou écrits sur les réseaux sociaux. Trois sites spécialisés dans la vigilance anti-discrimination diagnostiquent une « explosion de haine caractérisée » entre les inscriptions haineuses et les agressions. Ce phénomène ne se cantonne pas à la banlieue Londonienne qualifiée de « Little Poland », mais est bien national.

Pour certains, le vote « Leave» du Brexit  était le moyen d’exprimer leur saturation et de dire stop à l’immigration qui leur « volerait leur Grande Bretagne ». Cette exaspération s’est toutefois traduite par de la violence, coupant le pays en deux et laissant les jeunes polonais dans le la stupéfaction et la peur du futur.

 

Pour consulter les résultats villes par villes, rendez-vous sur :

https://www.theguardian.com/politics/ng-interactive/2016/jun/23/eu-referendum-live-results-and-analysis

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