En quête d’un avenir meilleur : le combat d’un sans papiers

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Abdel Djebali veut provoquer sa chance. Portrait d’un homme en situation d’irrégularité. Il nous fait part de ses choix, ses attentes, ses peurs et ses rêves.

« La garde à vue ça me connaît mais je n’ai jamais volé, été violent ou autre, c’est juste qu’à choisir entre acheter un ticket de bus ou un sandwich, mon choix était vite fait… ».

A travers le monde et ce depuis toujours, les flux migratoires sont au cœur des discours politiques. Aujourd’hui plus que jamais, la question des frontières et de l’immigration est devenue centrale. Une question qui crée des divergences d’opinion et qui a du mal à trouver sa réponse tant le sujet est sensible et complexe.

Récemment la France a accueilli de nombreux réfugiés politiques. Ces derniers qui fuient la guerre et sont en quête de nouvelles opportunités, rappellent le triste quotidien de beaucoup d’autres individus vivant dans l’ombre: les sans papiers.

C’est donc dans un quartier de Paris, à Barbès plus précisément, que nous sommes partis à la rencontre d’Abdel. Actuellement en situation d’irrégularité, il revient sur sa vie qui malheureusement fait écho à beaucoup d’autres.

 

Jeune et audacieux

Autour d’un café, le quadragénaire d’origine égyptienne explique qu’il a toujours été ambitieux. Il ne parle pas très bien français, c’est donc dans sa langue maternelle qu’il  s’exprime sur le fait d’avoir quitté son pays d’origine dès son plus jeune âge.

« J’ai vécu dans le luxe en quelque sorte » s’exclame-t-il.

Il vit, pendant cinq ans, aux côtés d’hommes très puissants en tant que jardinier. C’est en Arabie Saoudite qu’il fera leur connaissance. Ces hommes extrêmement riches l’accueillent dans leurs luxueuses villas en échange de travaux manuels. La hiérarchie imposante de ses employeurs exigeants va lui peser. Assez d’être traité comme  « un moins que rien », Abdel retourne en Egypte pour se marier. Il aura six enfants, trois paires de jumeaux. Un choix s’opère alors, le cœur ou la raison ?

En quête d’un avenir meilleur

M. Djebali « n’a pas le choix », il décide de partir à la conquête du monde dans l’espoir de pouvoir offrir une meilleure vie à sa famille.

« Je suis un homme du monde, j’ai beaucoup voyagé » déclare-t-il.

Libye, Espagne, Italie, Allemagne, là bas il ne trouvera personne pour le faire travailler.

Aujourd’hui il est en France depuis sept ans. Il enchaîne les petits boulots : jardinerie, peinture ou encore nourrir les poules. Son diplôme de mécanicien ne lui sert pas vraiment, il ne trouve aucun travail dans ce secteur. Avoir un diplôme ne vaut pas grand chose lorsque l’on est sans papiers. Son statut est pesant, très peu de personne cèdent à la tentation de l’embaucher, et quand elles le font, cela ne se passe pas toujours correctement. Abdel raconte certaines de ses mésaventures avec un arrière goût de rancœur « parfois on ne me payait pas. Le pire c’est que je dois ranger ma fierté dans ma poche ».

Ce sentiment d’infériorité il le vit également auprès de ses « copains de misère », comme il les appelle.

« Je suis celui qui ramène le moins d’argent à la maison donc on ne me traite pas très bien ». Quand on le questionne sur ses conditions de vie, le préposé aux corvées ménagères conclu sur le fait que « vivre à quatre dans un petit studio ce n’est pas facile tous les jours ».

 « Si je n’y crois pas qui le fera pour moi ? ».

Abdel affirme faire des efforts. Un de ses employeurs favoris, un particulier, l’aide beaucoup. Il lui apprend la langue et l’aide dans les éventuelles démarches administratives.

Malgré sa situation instable, il veut y croire. L’enjeu est important, il ne baisse pas les bras. Il tente de faire comprendre qu’il veut ce qu’il y a de mieux pour sa famille, un peu comme tout le monde finalement.

Lorsqu’on l’informe de la baisse des régularisations en 2014  opéré par le ministère intérieur, il avoue être conscient du chemin à faire avant d’aller se présenter au bureau des étrangers à la préfecture.  Abdel demande simplement qu’on lui donne la chance de constituer « un bon dossier ». Son intention est honnête, il insiste « je ne veux pas profiter du système, je veux travailler ! »

Pour détendre l’atmosphère, nous lui parlons du film Samba d’Olivier Nackache et Eric Toledano diffusé le 10 novembre dernier sur la chaîne Canal +. Il s’exclame alors être tout à fait d’accord avec l’histoire racontée, « la romance en moins » précise-t-il avec un léger sourire.

Nesryne Trabelsi

Crédit image : Dessinateur Plantu

Publication envisagée : Le Parisien

Mots : 699

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Une réflexion sur “En quête d’un avenir meilleur : le combat d’un sans papiers

  1. Bravo. Vous avez bien incorporé mes suggestions et voilà le résultat. On voit bien pourquoi on parle de ce monsieur maintenant et puis l’interview est bien faite. Je dirais que le titre, cependant, peut devenir plus clair, donc pensez à quelque chose qui illustre mieux le sujet. Mais ce n’est qu’un détail. Sinon c’est un portrait réussit. – BP

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