Facebook, ou quand l’utilisateur devient immortel

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Sa photo de couverture est mise à jour régulièrement. Sa photo de profil modifiée hier affiche une jeune femme souriante, entourée, heureuse. Les messages sur son murs sont nombreux et tous très récents. Pourtant, Cassandra, 25 ans, s’est éteinte le 14 janvier 2015. Son compte Facebook est devenu un moyen pour ses proches de se recueillir, depuis que, le jeudi 12 février 2015, le réseau social a finalisé la mise à jour de son système.

Cette dernière permet aux utilisateurs du réseau social de léguer leur compte à une personne de leur choix. C’est Hubert, son meilleur ami, qui a hérité du compte de Cassandra. La nouvelle fonctionnalité proposée par le groupe lui permet ainsi de publier, via le compte de la personne défunte converti en une page commémorative, des hommages, des photographies ou encore de modifier l’image de couverture.

Cette nouveauté s’inscrit dans un contexte au sein duquel l’ampleur des réseaux sociaux et de Facebook notamment n’est plus à démontrer; tout comme son implication dans la vie privée de ses utilisateurs. Ainsi, dès 2010, un sondage publié sur le site de l’American Academy of Matrimonial Lawyers, composé de 1600 avocats américains spécialisés dans les divorces, avançait que 81% des meilleurs avocats en affaires matrimoniales des États-Unis utilisaient les réseaux sociaux pour épaissir leurs dossiers. 66% d’entre eux ont déclaré que Facebook était leur principale source d’information. Dans le même temps, Facebook est passé de 620 millions d’utilisateurs à travers le monde en 2010 à 1,39 milliard au 31 décembre 2014, montrant ainsi l’impact actuel que peut avoir le réseau social sur la vie privée et les questions de société.

L’utilisateur est-il conscient qu’il a recours à un outil qui se propose finalement d’avoir un rôle à jouer sur sa vie familiale, sentimentale, et finalement même sur sa mort ? Facebook va-t-il trop loin avec cette mise à jour, ou n’est-ce finalement que le paroxysme de la logique d’accompagnement de vie que jouent les réseaux sociaux aujourd’hui, Facebook pour la vie quotidienne, Twitter pour l’actualité et Linkedin pour la vie professionnelle pour ne citer qu’eux ?

Nous avons décidé de donner la parole à certains de ces utilisateurs, d’âge, de sexe et de situation sociale différents.

Pour Guillaume, 30 ans, ingénieur, Facebook a un rôle social très important, voire trop: « tu peux avoir 1000 amis sur Facebook, qui voient tout ce que tu penses, tout ce que tu fais; même les gens que tu ne connais pas peuvent se faire une idée de toi! ». Au contraire, Omaïma, 20 ans, étudiante, pense que Facebook est un moyen de garder le contact et de s’organiser avec ses amis. Pour d’autres, c’est un moyen de garder contact avec des proches aux quatre coins du monde: ainsi, Camélia, 50 ans, professeur des Écoles, considère que « Facebook a un rôle important quand il y a la distance […] Je n’ai pas les gens que je côtoie au quotidien en amis. »

Malgré le rôle social que chacun reconnaît à Facebook, la nouvelle fonctionnalité post-mortem proposée fait débat.

Jessica, 33 ans, seconde de rayon, considère cette nouveauté comme « absurde » : en effet, elle précise : « Je mets peu d’informations sur Facebook. Elles ne me représentent pas vraiment: si il m’arrivait quelque chose, il n’y aurait rien de mieux que le contact humain pour se souvenir de moi ». Au contraire, Elio, 20 ans, étudiant et Talal, médecin de 60 ans, pensent que « cette fonctionnalité est intéressante et permet de garder en mémoire cette personne de manière plus efficace qu’avant la création de Facebook ». Omaïma, quant à elle, avance que c’est un « moyen pour ceux qui ne savent pas comment s’y prendre de rendre hommage au défunt ».

Cette mise à jour présente un paradoxe entre la volonté de faciliter la communication inter-individuelle à laquelle Facebook s’était promis et le fait qu’elle propose aujourd’hui de la poursuivre en l’absence de la personne. Camélia résume cela ainsi: « pour moi, la priorité n’est pas dans le prolongement de ma communication avec les autres après ma mort ».

Edouard Richet

Source photographie: Pixabay.com

Publications visées: Le Monde ou Le Parisien

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Une réflexion sur “Facebook, ou quand l’utilisateur devient immortel

  1. Ce micro-trottoir est bien fait, avec un article bien organisé et recherché. Vous avez fait beaucoup avec peu de mots, même si vous avez dépassé légèrement le maximum (600 mots !). Nous pouvons imaginer une accroche un peu plus vivante, peut-être une qui illustre cette nouvelle pratique, même avec un scénario imaginé, mais cela ne gêne pas énormément. A vous de voir. Sinon tous les éléments sont là, et j’apprécie surtout le chapo qui est court et efficace.-BP

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