Montorgueil en goguette

Rocher cancale

Le Rocher de Cancale, rue Montorgueil © Aude Jouanne

Parler du quartier de Montorgueil, c’est évoquer dans son sillage le souvenir des Halles, ce ventre grouillant de Paris. Quarante ans après le déménagement des Halles à Rungis, l’amoncellement de nourriture a laissé place à l’attroupement des oiseaux de nuit qui viennent désormais se rassasier et s’abreuver juste à côté, à Montorgueil. Petit tour d’horizon historique et gustatif des cinq enseignes renommées du quartier.

Commencez la balade en début de soirée au 51, rue Montorgueil pour profiter de la fermeture tardive de la pâtisserie Stohrer, la plus ancienne de Paris. Doyenne du quartier, la gourmande qui fêtera en 2015 ses 285 printemps mérite à elle seule le déplacement. Pour ses peintures murales d’abord, puisque le magasin datant de 1730 est classé monument historique, mais surtout pour son baba au rhum, spécialité de la maison. La rumeur bruisse que Nicolas Stohrer, pâtissier attitré de la polonaise Marie Leszczynska mariée à Louis XV, aurait ramené de Pologne dans ses bagages la recette de ce dessert inédit pour le palais français. Pas fana du baba ? Consolez-vous avec l’éclair au chocolat qui a reçu le prix du meilleur éclair au chocolat de Paris par le Figaro en 2011.

Les papilles satisfaites, il est temps de remonter la rue et de faire un bond dans le 19ème siècle au 78, rue de Montorgueil. Repaire des Balzac, Eugène Sue et autres Goncourt, le Rocher de Cancale a accueilli en son temps le gratin littéraire venu faire salon autour d’une bourriche d’huîtres. Le peintre Gavarni, également caricaturiste pour le journal Charivari, aimait lui croquer les autres clients lorsqu’il s’attablait au Rocher. Le 1er étage du restaurant porte encore sur ses murs les traces de ces drôles de caricatures que vous pourrez admirer en vous prenant pour Baudelaire, une assiette iodée sous le nez.

Si vous êtes plus escargot que bulot, vous trouverez votre bonheur un peu plus bas au 38 rue Montorgueil. Initialement nommé l’Escargot d’or, l’actuel Escargot Montorgueil a reçu à partir de 1832 les fastes et les dorures mondaines des arts et du spectacle. Les amateurs illustres du gastéropode ne se comptent plus, de Feydeau à Cocteau en passant par Proust, jusqu’à Sacha Guitry qui en avait fait sa cantine attitrée. A la carte, colimaçon d’escargot aux trois saveurs, clin d’œil à l’imposant escalier de bois en colimaçon qui trône au centre de la salle.

Tambour

Intérieur du Tambour, rue Montmartre © Aude Jouanne

L’estomac plein, laissez-vous ensuite pousser par un vent de folie ambiance entre-deux guerres jusqu’au Père tranquille, au 16 rue Pierre Lescot. A l’évocation de ce nom sage, difficile d’imaginer que cet ancien cabaret-restaurant fut l’institution nocturne du quartier qui a diverti le Tout-Paris fêtard des années folles. Si l’endroit s’est aujourd’hui assagi, vidé de ses zazous, les peintures Belle Époque et la décoration gentiment rétro faite de canapés Chesterfield et de palmiers vous ramèneront le temps d’un verre dans le Paris des années 20.

Enfin, impossible d’aller se coucher sans un dernier tour de piste au Tambour, refuge des insomniaques en tous genres plus ou moins grisés par l’ivresse de la nuit. Le vieux bistrot du 41, rue Montmartre  vous accueille jusqu’à l’aube, puisque l’établissement ne ferme que deux petites heures entre 6 et 8. A l’intérieur, l’amas de curiosités joyeusement foutraque, des panneaux de signalisation jusqu’aux tabourets faits en vieux poteaux d’arrêts de bus, cache des fondations qui datent du 18ème siècle. Pour un excès à éponger, ruez vous sur le tartare, l’incontournable de la maison, et en cas de ramollissement, le Côte de Blaye à la ficelle vous redonnera des forces.

Aude Jouanne

Publications envisagées: Time Out Paris, Que faire à Paris, Sortir à Paris, Paris-bistro.

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Une réflexion sur “Montorgueil en goguette

  1. Cet article est globalement bien écrit. On est guidé dans le quartier et il y a même un détail newsworthy, donc l’article ne semble pas écrit au hasard. Vous pouvez aller un peu plus loin en expliquant pourquoi on parle de ce quartier maintenant (les renovations des Halles ? D’autre chose ?) mais comme c’est écrit, c’est OK pour le moment. Attention aux tournements de phrases comme « impossible de se coucher sans… » parce qu’on peut bien imaginer se coucher sans aller à un bar 🙂 Gardez une écriture bien précise. -BP

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