Romain : navigateur, explorateur, planneur.

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Romain est ce qu’on appelle un planneur stratégique, une espèce encore rare dans les agences et qui jouit d’une aura toute particulière. Le planneur y est chargé de la stratégie, c’est l’intellectuel perché dans sa tour d’ivoire, celui qui sonde l’inconscient des consommateurs dans leur sommeil et qui passe ses journées à… rédiger des powerpoints. Pour lui son rôle est simple, à ses heures de bureau comme chez lui, il est très occupé à « réfléchir à des problématiques transcendantales », il tente « d’embrasser la vérité du monde et ses complexités pour les livrer au commun des mortels de l’agence ». Un chic type, en somme.

 

Manger bouger, mais surtout bouger

Plus sérieusement, Romain incarne parfaitement sa génération, celle de l’instantané et du changement permanent. Si leurs formations ont mis nos parents sur les rails de ce qui allait être leur carrière professionnelle, le train de Romain et de ses amis roule d’une tout autre manière. Ils semblent engagés dans un circuit imaginé par un Miyazaki déjanté et, si leur avenir peut à certains paraître incertain, il a pour notre planneur un fort goût d’aventure. Retour sur un parcours jeune et pourtant riche en virages.

Le petit Romain a commencé par obtenir un bac S et, fatigué de la rigueur des formules et des règles, s’est dirigé vers les bancs de l’université pour y apprendre la sociologie. Libéré de ces contraintes rigides, il se découvre une fascination pour les comportements humains, les mouvements civilisationnels et les schémas sociaux. Sa licence en poche, il décide de prendre l’air et part vivre un an en Afrique du Sud, où il enchaînera les petites boulots et les colocs improvisées. A son retour en France il veut voir autre chose, tente une dizaine d’écoles différentes, allant de la médecine à l’histoire en passant par le développement web. Il obtient finalement le concours de Sciences po en parcours communication et accepte sans hésiter ce qu’il sait être une formation de première qualité. Il y étoffe ses compétences d’analyse et de synthèse et s’ouvre à de toutes sortes de nouvelles problématiques, parmi lesquelles il retrouve cette sociologie qui lui plaît tant. Il lui semble transposer à son époque ce qu’il a appris à l’université et se prend de passion pour la politique.

En parallèle à ses études Romain lit beaucoup, consulte la presse et s’essaye à l’écriture. Fasciné par les hommes mais aussi par leur musique, leurs modes et leurs gouvernements, il crée des blogs dans lesquels il traite de ce qu’il observe, à la lumière de ce qu’il étudie en cours. Il devient également pigiste et écrit des articles, des chroniques et réalise des reportages pour plusieurs magazines et journaux d’information. Ne manquant pas d’ambition, sa plume plaît et il la prête bientôt à des livres, à des biographies et autres travaux de rédacteur, toujours dans l’ombre. Il dit pourtant ne se projeter complètement sur aucun de ces supports, sur aucune de ces pratiques et s’y adonner comme à un exercice, à un test, comme un caprice, « parce que ça m’amuse », dit-il lui-même.

 

Les premières armes

Son diplôme en poche, il devient conseiller parlementaire et assiste au plus près les hommes politiques de son pays dans leurs négociations, leurs entreprises, leurs moments de doute et leurs conflits. Tout y passe, tout est vu et enregistré. Il dira de cette époque qu’il se sentait comme dans une caserne de pompiers, « c’était l’alerte rouge 24h/24, 7j/7. Un vrai bordel mais c’était génial, vraiment excitant ».

C’est par une connaissance qu’il se verra proposer d’intégrer le monde de la publicité, de ses agences et de son strass. Car tout fonctionne comme ça dans ce milieu : c’est le népotisme chic, le networking. Il intègre un service de planning chez DDB, une des meilleurs agences du marché français et c’est un planneur senior qui le prend sous son aile. Il y passera quatre ans à réapprendre à travailler, à s’adapter à un milieu, à ses règles, à ses acteurs et à ses défis. Il est de nouveau baigné dans son élément, dans la sociologie, dans l’esprit des gens, mais les observe cette fois d’un tout autre promontoire : il s’agit de comprendre leurs motivations, leurs goûts et leurs blocages. Savoir ce que veulent les gens mieux qu’ils ne le savent eux-mêmes et les devancer dans leurs attente. Il prend le pouls de la société.

Son apprentissage terminé il quitte le nid, change d’agence et gagne au « turnover » une qualité de vie qu’il dit « très appréciable ». En effet, à 32 ans, Romain gagne plus de trois fois le SMIC et s’en félicite. Il a son propre bureau, est son propre chef et avoue avoir des conditions de travail privilégiées : « mon poste c’est quand même pas mal la planque. Je ne suis directement responsable de rien puisque les créas passent après moi. Si la campagne est un fiasco, c’est leur faute. Si c’est un succès, j’ai quand même ma part de mérite et c’est tout bénef ».

 

Pierre qui roule, n’amasse pas mousse

Pourtant, quand on lui demande où il se voit plus tard il est catégorique : ailleurs. Sa réponse me surprend et ma surprise le surprend : « Pourquoi est-ce que je devrais rester toute ma vie au même poste ? », me demande-t-il. Sa question illustre parfaitement le profil de ces nouveaux actifs, purs produits de la polyvalence et de l’adaptation. Apprendre pour faire puis pour changer et apprendre encore, autre chose, ailleurs. Dans ce monde où tout mue d’un jour sur l’autre il faut savoir être souple et curieux et Romain l’a bien compris. Le monde du travail, bien qu’impitoyable, semble à ses yeux être un grand parc d’attractions, un terrain propice à la découverte et à l’expression, où tout est mouvant et où ce qui se fige, disparaît.

 

Lucas Montenoise

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Une réflexion sur “Romain : navigateur, explorateur, planneur.

  1. Un portrait bien unique. Vous avez introduit la question de pourquoi c’est newsworthy, mais il faut mieux qualifier pourquoi ou comment. « Romain incarne parfaitement sa génération, celle de l’instantané et du changement permanent » vous nous dites, mais cette idée vient d’où ? Comment comprendre cette génération ? Qui d’autre en parle ? Il reste à modifier un peu ce lien aux actualités, sinon ce n’est pas mal. Il faut proposer une publication aussi, et justifier peut-être la manque de photo de cette personne. -BP

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