Le combat d’un jeune toxicomane sur le chemin de la réinsertion.

Le 27 mai prochain, l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (EMCDDA) présentera sa synthèse annuelle sur l’état du phénomène de la drogue en Europe. Ce dossier d’information multilingue et multimédia sera particulièrement axé sur les évolutions rapides dans le champ, et permettra d’établir un bilan de la prise en charge socio-médicale des toxico-dépendants.

Eric C., 27 ans, dépendant de l’héroïne et sous traitement de substitution depuis 2 ans, suit actuellement un programme de réhabilitation dispensé par une association de lutte contre la toxicomanie. Déterminé à réintégrer la vie active et à retrouver son autonomie, cet ancien ouvrier du décolletage dans la vallée de l’Arve s’accroche aujourd’hui à ce qu’il décrit comme « sa dernière chance ». Qu’est ce qui a amené Eric à suivre ce programme de réinsertion ? Comment a-t-il réussi à surmonter son addiction ?

La descente aux enfers

Eric, alors qu’il n’a encore que 19 ans, entre à petits pas dans le cercle vicieux de l’addiction à l’alcool et aux stupéfiants. Ce jeune ouvrier jusqu’ici sans histoire, découvre son homosexualité et sa difficulté à l’assumer. Le regard des autres, particulièrement celui de son entourage, l’enferme petit à petit dans une forme d’isolement qui devient de plus en plus insupportable. « Tiens, si je prenais un truc, là maintenant ? Je pourrais me détendre et demain je repartirai sur de meilleures bases ».

« Il me fallait ma dose pour me sentir en sécurité. »

Après l’alcool, les amphétamines et la cocaïne, Eric découvre l’héroïne. « J’en ai pris une première fois, pour tester. Il me fallait quelque chose de nouveau, quelque chose de différent. Ensuite j’en ai pris plus régulièrement, pour m’éclater. Je ne pouvais retrouver cet effet avec d’autres produits, je me sentais mieux en quelques minuscules minutes. » De jour en jour, il abandonne ses projets d’études et ses rêves pour sombrer dans une dépendance progressive à l’alcool et l’héroïne. « La dépendance est une sensation sournoise, elle te ronge alors que tu ne t’en rends pas compte. Elle te fait croire que si tu en prends plus, c’est parce que tu en as envie, parce que tu l’as voulu. Mais c’est elle, derrière tout ça, qui commande. »  Paralysant ses émotions, oubliant ses valeurs, ce jeune homme s’engouffra petit à petit dans une spirale infernale : « Il me fallait ma dose pour me sentir en sécurité. Sobre, j’étais anxieux et dépressif. Je n’espérais plus rien de la vie, ni réussite, ni amour, ni aucune autre forme de bonheur. »

Eric ne se souvient pas comment il est arrivé à une consommation régulière et quotidienne d’héroïne, pouvant aller jusqu’à une vingtaine de shoots par jour. « Je ressentais le manque dès mon réveil, au point d’avoir des nausées insoutenables jusqu’à ma première prise ». Chaque jour pendant 6 ans, il s’éveille avec pour seul objectif celui de satisfaire un manque physique et psychologique, répondant à la dictature de son propre corps. « C’était comme si j’étais devenu quelqu’un d’autre » avoue-t-il, non sans honte. « J’étais beaucoup trop naïf de penser pouvoir arrêter par moi-même après toutes ces années ».

Après une tentative de sevrage d’une semaine, la sensation de manque, les crises de larmes, les tremblements, les angoisses et les nausées, Eric reprend sa consommation de plus belle. « J’alternais entre les périodes de sevrage que je m’imposais, et les moments où je replongeais. Mais je finissais toujours par craquer. »

A la fois conscient de sa dépendance et impuissant face à ce qu’il refusait de reconnaître comme une forme de toxicomanie, Eric perd son emploi à l’usine de décolletage et finit par tomber dans la délinquance pour subvenir à ses besoins. C’est ainsi qu’il se lance dans le trafic de stupéfiants : « Au bout d’un moment, si tu consommes, tu finis par dealer, tu trafiques des ordonnances. Ca devient presque une nécessité ».

A 24 ans, condamné à 1 an de prison ferme pour faux et usage de faux, Eric découvre l’univers carcéral : « La prison, ça me faisait peur. Je ne savais pas comment j’allais réagir. On est enfermé, on n’a pas d’activités et puis la drogue circule tous les jours devant nos yeux ».

De la prise en charge médicale au placement en famille d’accueil

Aujourd’hui, Eric, 27 ans, silhouette fine et l’allure soignée, a l’air d’un mec « normal » qui a repris confiance en lui. C’est le sourire en coin qu’il nous rejoint place Jean Deffaugt à Annemasse (74), à la fois fier de son parcours et marqué par ses années de galère. Mais même dans ses périodes les plus sombres, le jeune homme reconnaît avoir toujours su valoir mieux et plus qu’une simple dose : « Au fond de moi, j’étais sûr qu’un jour tout cela serait du passé ».

En septembre 2011, suite à une hospitalisation, Eric C. est orienté vers le centre d’accueil APRETO (Association Pour la Réhabilitation des Toxicomanes) à Annemasse (74). Pris en charge par cette structure à la fois sociale et médicale, il prend la décision de débuter une psychothérapie avant d’envisager un traitement médical : « Je ne voulais pas prendre de médicaments. Pour moi, mon problème était dans ma tête. »

Encadré par des équipes de professionnels tels que des éducateurs spécialisés, des psychologues, des médecins ou encore d’anciens patients aujourd’hui sevrés et réinsérés, Eric C s’est senti tout de suite entre de bonnes mains. « Les intervenants ont essayé sans relâche de me convaincre que j’étais toxico. Je n’acceptais pas ce mot. Je crois que c’est au moment où j’ai commencé le traitement que j’ai été forcé de le reconnaître. »

C’est en janvier 2012 qu’il commence un traitement de substitution à l’héroïne appelé « Subutex » qui lui permet dans un premier temps de réduire sa consommation quotidienne, avant d’arriver à un sevrage total. A raison de plusieurs rencontres par mois, Eric C est pris en charge par un psychologue et un médecin de l’APRETO, en vue de son prochain placement en famille d’accueil. « Ces personnes m’ont aidé à composer avec mon addiction à l’héroïne, j’ai appris à vivre avec et à l’assumer ».

Le jeune toxicomane devrait intégrer dans quelques mois une famille d’accueil et de soin, au sein de laquelle il reprendra progressivement des repères et retrouvera une certaine autonomie qui lui permettra de se réinsérer. C’est rassuré qu’Eric décrit son nouveau foyer : « Je vais me sentir compris, et pas jugé. » Il prévoit dans un premier temps de se lancer dans une recherche d’emploi, et envisage même de commencer une formation de technicien informatique.

«  Pour moi, ce programme de réinsertion, c’était comme une issue de secours »

Le programme de réhabilitation de l’APRETO a permis à Eric d’assumer sa toxicomanie et de rencontrer d’autres usagers qui comme lui, ont réussi à surmonter leur dépendance. C’est confiant qu’il aborde son arrivée en famille d’accueil et la poursuite de son traitement, « j’ai le sentiment que le plus dur est derrière moi » nous confie-t-il. Même s’il est difficile pour un héroïnomane de faire la paix avec ses vieux démons, Eric se sent aujourd’hui loin de l’enfer de la dépendance. En discutant, il revit un malaise qui le secoue. Pour passer au travers, il pense à son avenir, à sa famille et à ses nouveaux objectifs.

Eric espère bientôt retrouver une vie saine, sobre et un rythme normal, même s’il est conscient que de nouveaux obstacles vont se présenter : « Se réinsérer, ce n’est pas automatique. Parfois j’aurai peut être envie de tout lâcher et de reprendre ma vie d’avant mais je tiendrai bon. »

Le programme de réhabilitation que suit Eric comporte plusieurs étapes dont la première est le soin, la dernière étant la réinsertion socioprofessionnelle. Certains critères sont importants pour juger du succès d’une normalisation : amélioration de l’état de santé du toxicodépendant, régularisation dans le monde du travail, relations étroites avec des proches en dehors du milieu de la drogue…

En regagnant son estime personnelle, ce jeune toxicomane semble plein d’espoir et de projets, sur la pente ascendante vers une vie « sans ».

Thomas Foureix

Site Internet APRETO : http://www.apreto74.com/

Publication : huffingtonpost.fr

Crédits photos : http://www.journalderosemont.com http://2.bp.blogspot.com

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Une réflexion sur “Le combat d’un jeune toxicomane sur le chemin de la réinsertion.

  1. Un bon portrait et un bon entretien avec votre sujet. Il n’y a pas grande question à poser sur lui après une lecture de votre article. Il nous faut simplement le lien avec les actualités (par exemple, le fait que Paris pense à ouvrir des salles de shooting public…). Il faut justifier votre choix pour ensuite convaincre le HuffPost de publier l’article. Ce n’est qu’un détail dans l’introduction de votre article qui peut tout changer – sinon le reste est bon ! -BP

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