MADRID : UNE CULTURE DES BARS, DU PARTAGE ET DE LA LIBERTE

La capitale espagnole ne connaît pas le sommeil. La vie s’y écoule sur un rythme différent que celui de la « ville lumière ».

« Métro, boulot, dodo » ne se traduit pas en espagnol. Là-bas, « il y a une vie après le travail » se réjouit Elsa. Pour cette étudiante de 25 ans, partie en Erasmus dans la capitale castillane en 2011, Madrid est une ville qui ne dort pas… et ne chôme pas. Contrairement aux idées reçues, les espagnols ne travaillent pas moins, ils ont « une appréhension différente du temps ». Comme à Paris, la journée de travail standard commence à 9h et se termine à 20h, mais les madrilènes ne se ruent pas dans les métros se réfugier chez eux dès 19h, manger à 20h, se coucher à 22h. « C’est un peu déstabilisant au départ de suivre le rythme, mais le plus intéressant c’est de suivre les locaux » avoue l’étudiante parisienne qui a fui les soirées Erasmus. Les repas se partagent loin des appartements respectifs. Dans un bar autour d’un verre, les tapas agrémentent la table et les conversations. Puis, les jeunes madrilènes partageront une bouteille, le botellón, sur un trottoir, un banc, une pelouse… La nuit sera longue. « Quand tu sors, tu ne penses jamais à quand tu vas rentrer » ajoute Elsa. L’angoisse du dernier métro ne plane pas à Madrid : « Le 4/5 heures du matin là-bas, c’est notre minuit à nous ». Le dimanche matin les noctambules écument le grand marché aux puces du Rastro au sud de la Plaza Mayor. Un entre-deux étourdissant, « une impression de vivre deux jours au lieu d’un ».

Outre cette culture du partage, le centre-ville de Madrid semble plus humain que Paris la tentaculaire. « Tout le monde se déplace à pied dans le cœur de la ville ». Le flâneur nocturne dérive entre les façades médiévales, dans l’intimité des rues étroites, de bars en bars, d’atmosphère en atmosphère. Lavapiés, Malasaña, Chueca, la Latina, « chaque quartier a son âme ». Elsa vivait en colocation dans le quartier de la Latina, à deux pas de la Plaza del Sol, au-dessus des théâtres, restaurants, et bars habités de rires, de musique et de tintements de vaisselle éternels. Elle ne trouve pas de comparaison avec Paris. Ici, la ville accueille, emporte le citadin jusque de l’autre côté de la nuit. « Les gens sont dehors ».

Depuis la fin de la dictature franquiste en 1975, un air de liberté et d’excès souffle sur la capitale, berceau de la Movida, « notre Mai 68 à nous ». Bien que le catholicisme reste la religion d’Etat, le rigorisme moral est absent. Le mariage homosexuel a d’ailleurs été adopté bien plus tôt qu’en France, en 2005. Si la Movida a été entérinée par la génération des années 50, l’énergie festive continue d’inspirer la jeune génération. « Je suis arrivée à Madrid au début de la crise. Il y avait 50% de chômage chez les jeunes » explique Elsa. Les conséquences de la dépression économique européenne blessent l’Espagne plus profondément que la France. La dette espagnole a atteint 92,2% du PIB en septembre 2013. Les  jeunes, privés d’emploi, ont été les premiers à prendre les rues pour manifester leur opposition à un système décadent. « La crise est plus grave là-bas, mais il n’y a pas de morosité ambiante. La fête est un moyen de se dire qu’il n’y a pas que le travail dans la vie » analyse l’étudiante. Madrid, c’est d’abord des rues qui appartiennent à ses habitants.

Orianne Hidalgo-Laurier

M2 Journalisme Culturel

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Une réflexion sur “MADRID : UNE CULTURE DES BARS, DU PARTAGE ET DE LA LIBERTE

  1. Plein de bons détails, ce serait génial pour une introduction pour un reportage plus longue sur Madrid. Le style est très relaxe mais efficace. Par contre la chose qui gène est la manque de photo…un problème…

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