Du papier argentique pour immortaliser la capitale d’autrefois !

          « J’ai deux amours, mon pays et Paris ! » chantait Joséphine Baker en 1927. Des années 1920 aux années 1950, Brassaï a su immortaliser la richesse de la Ville des Lumières. Après le succès notamment de l’exposition Doisneau en 2011, l’Hôtel de Ville nous fait découvrir un autre géant de la photographie dans une exposition unique, intemporelle, et de surcroît gratuite !

          Mieux vaut s’y prendre à l’avance pour aller voir l’œuvre du génie Austro-hongrois ! Il est dix heures, c’est l’ouverture et déjà les passants affluent vers l’entrée de la salle Saint Jean à l’Hôtel de Ville dans le 4ème arrondissement. L’attente n’est pas longue, et on a surtout connu pire que de patienter quelques instants au pied d’un bâtiment historique de toute beauté ! Une fois entrée, c’est l’admiration devant la salle avec ses hauts-plafonds et ses clés de voûte en pierre blanche, éclairés par la lumière timide du ciel de décembre.

          L’exposition nous invite à découvrir tout le travail photographique de Brassaï, de son vrai nom Gyula Halasz. Né en 1899 et mort en 1984, il quitte à l’âge de 4 ans Brasso, ville de l’ancien Empire Austro-hongrois (aujourd’hui en Roumanie) pour la France où son père enseigne la littérature à la Sorbonne. Il n’y reste qu’un an, mais en garde une trace indélébile. Quand il revient en 1924, Paris devient sa ville d’adoption. Il se met ainsi à la photographie pendant les années folles, ces années d’après guerre où l’euphorie des bars interdits côtoie les travailleurs nocturnes des Halles.

Chez Suzy - Brassaï (1932)

Chez Suzy – Brassaï (1932)

          La salle est répartie en différentes pièces en forme de cube de couleur foncée, dans lesquelles on rentre pour s’immerger dans un «Paris Éternel, celui du flâneur », dans un « Paris des années folles » ou dans un « Paris de Nuit ». La partie « Paris secret » nous invite à découvrir le bordel de « Chez Suzy » en 1932, où les prostituées attendent un client dans une salle sombre, ou encore ce couple fâché assis à un bistrot. Les expressions des sujets sont spontanées. Ces images sont comme un fragment arraché du passé, qui revit l’espace d’un instant sur le papier argentique noir et blanc. Elles sont pleines de vivacité, de dynamisme, les protagonistes y sont constamment en mouvement.

          Brassaï prend Paris dans son entier, et surtout la nuit : des pavés aux quais de la Seine, d’un escalier à un panneau publicitaire, d’un bâtiment menacé par l’effondrement à la Place de la Concorde. Tous les quartiers, tous les recoins, tous les espaces des plus infimes aux plus gigantesques sont représentés. Il n’utilise aucune lumière supplémentaire, se contente uniquement de celle offerte par les lampadaires à gaz, par la lueur d’une cigarette allumée ou par les phares d’une voiture. Cette lumière si particulière et les couleurs noires et blanches donnent une atmosphère mystérieuse et authentique à la photographie de Brassaï, soulignant les reliefs des statues ou des pavés irréguliers. C’est ainsi ce que commente Marion, étudiante : « Ce qui me fascine c’est sa capacité à donner de la vie à ce qui n’en a pas. Tous les objets prennent sens dans ses photos, ils font partie d’un tout. »

Chien dans l'escalier - Brassaï. Ici on voit bien l'importance du jeu des ombres et des lumières dans sa photographie.

Chien dans l’escalier – Brassaï. Ici, on voit bien l’importance du jeu des ombres et des lumières dans sa photographie.

          Tous les parisiens sont aussi représentés dans ses travaux : « La môme aux bijoux », cette mystérieuse vieille femme assise au bistrot, les danseuses dénudées des Folies Bergères, un enfant qui pose son bateau dans la fontaine du Luxembourg, un baiser volé au coin d’une ruelle, ou même des artistes devant leur roulotte. Une partie du travail de Brassaï a été en effet de rendre compte de la magie de ces arts nomades, en immortalisant quelques grands cirques passés à Paris pendant les années 1930.  Selon les propos de Brassaï lui-même, inscrits sur les murs de l’exposition : «Tout peut devenir banal, et tout peut devenir merveilleux.»

          D’autre part, cette exposition est l’occasion de se rendre compte de la palette de talents du photographe : réalisateur à ces heures, il est possible de visionner dans une des salles son court-métrage surréaliste de 1956 qui fut primé à Cannes. Ce film loufoque montre les animaux de Vincennes, dont les mouvements sont accélérés et ralentis selon le rythme de la musique. Puis, après ce visionnage, on continue à se déplacer dans l’Hôtel de Ville comme on se balade dans une rue parisienne, guidé par Brassaï…

Couple fâché au bal musette des Quatre Saisons - Brassaï

Couple fâché au bal musette des Quatre Saisons – Brassaï (1932)

          On découvre enfin qu’il fut un passionné de ces graffitis populaires sur les murs, gravés à la hâte par un parisien amoureux ou un enfant étourdi. Un grand mur noir s’érige alors au fond de la salle, où les photographies de ces dessins interdits sont comme incrustées dans ce mur qui devient à son tour le témoin d’histoires secrètes. Qui a dessiné ces graffitis ? Pourquoi ce dessin en particulier ? Au regard de ces dessins que Brassaï considère comme la meilleure galerie d’art, notre curiosité s’éveille. Puis brève rencontre avec Jean-Pierre Contillon, un retraité passionné de la photographie, qui exprime son ressenti concernant l’exposition : « Je pense que ce lieu est facile d’accès. Ce sont des photos de Paris, d’un Paris un peu révolu… La portée historique, mais aussi esthétique est forte ! Tout le monde peut s’y retrouver, même les gamins avec ces graffitis par exemple ! »

        S’il y a bien quelque chose que l’on retient de l’exposition Brassaï, c’est l’image d’un Paris certes passé, mais dans lequel on se retrouve tous et qui finalement est toujours aussi vivant aujourd’hui ! Ses photographies représentent la Ville des Lumières et ses habitants dans son entièreté et loin de tous les stéréotypes. Un Paris intime, un Paris insolite, un Paris rieur, un Paris travailleur, Paris tout court. Nous pourrions ressentir la nostalgie d’une époque que nous n’avons pas connu mais qui avait l’air plus joyeuse. Mais on en ressort au contraire émerveillée devant ces photographies argentiques, et on se prend, comme Brassaï, l’envie de flâner le long des quais de la Seine…

Camille Nicolas

Source Images :

– photo de couverture prise par Camille Nicolas.

– Chez Suzyhttp://www.missplump.net/art/photo/musep8s.htm

– Chien dans l’escalier http://stas-decisivemoment.blogspot.fr/2012/08/visiting-exhibitions-brassai-brett.html

– Couple fâché au bal musette des Quatre Saisons : http://www.mutualart.com/Artist/Brassai/D3542C1B8DC72DF5/Artworks

Publication visée :  Direct Matin, Elle ou encore Be.

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Une réflexion sur “Du papier argentique pour immortaliser la capitale d’autrefois !

  1. Bien écrit comme résumé de l’expo ; bonnes citations et des sources originales ; vous mettez bien l’expo dans un contexte qui guide le lecteur ; un peu longue pour les publications que vous suggérez. BP

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