C’est de la bombe bébé !

Avec la fermeture de la Tour 13 le 1er novembre et le canular début décembre du passage de Banksy à Paris, le petit monde du street art est en ébullition. Sorti de ce milieu et devenu artiste peintre, Shero « le barbouilleur », comme l’appelait sa grand-mère,  nous évoque ses motivations et son itinéraire.

Shero DelabombeYou talkin’ to me ?

Street art : késako ?

Dressée derrière le quai d’Austerlitz, la Tour 13 (par ici la visite) aura connu son heure de gloire grâce aux 80 artistes qui avaient investi les lieux, avant sa démolition prochaine. Un mois d’ouverture au public, lequel attendait parfois jusqu’à huit heures avant d’accéder à l’expo.

Ce que cela met bien en valeur, c’est la reconnaissance acquise par l’art urbain. Entre activité marginale et art sacro-saint, il n’y a qu’un pas… Que le graffeur Shero a franchi.

 « Je pense qu’il faudrait des Tour 13 un peu partout car il y a pas mal de talents qui ne demandent qu’à s’exprimer. C’est toujours triste de voir ce genre de lieux disparaître, à l’image du 5 Pointz à New York en ce moment… »

                Esquisse préparatoire

Enfant de Noisy-le-grand, resté fidèle à sa commune, Shero a aujourd’hui trente ans et traîne déjà derrière lui une quinzaine d’années à dégainer la bombe aérosol.

Un CAP d’agent d’exécution graphiste décorateur en poche, enchaîné avec un Bac pro en communication graphique, Shero a tout logiquement poursuivi ses études dans un cursus spécialisé… Dans le multimédia et la conception de sites web. Un peu perdu et sans intérêt autre que l’obligation pour les études, le graff lui fait les yeux doux.

«La performance, l’esthétique, la liberté, le style… » font qu’il n’eut plus d’yeux que pour sa bombe aérosol. Le message l’intéresse également et reste une composante essentielle de l’art urbain, qui garde une âme révoltée et croque au plaisir voyou de provoquer le corps social.

Dans ce terreau propice, il ne manquait bien sûr plus que la graine de la culture hip-hop. Son influence ? « Enorme. Depuis tout petit, j’adore toute les disciplines de la culture Hip hop. D’ailleurs j’ai commencé par la danse… Plus tard, ça a été la musique… »

L’échange humain a fait le reste. Inclus dans un réseau de graffeurs gavés de culture hip hop, le poisson était ferré… « C’est évident que ça aurait été différent si j’avais pas eu autour de moi un tas de mecs avec qui je pouvais pratiquer » déclare Shero, pointant donc l’importance relationnelle fondamentale. Le graff, c’est une affaire de famille, au sens large.

vision-shero-lyreUn œuvre de l’époque.

                Ebauche, le temps de la couleur

« J’ai commencé à peindre à l’extérieur, dans des terrains vagues pour prendre le temps de travailler tranquillement, ou le long des voies ferrées pour avoir une meilleure visibilité… » Le dehors, c’est le terrain de guerre du graffeur en herbe, et la bombe aérosol son glaive. Mais pourquoi cette activité ? Quelle motivation ?

« La satisfaction personnelle. Prendre du plaisir à peindre et kiffer sa prod… Et puis tu vois des mecs qui font 15 fois mieux que toi, donc ça te motive à te remettre au boulot. » Le challenge a une place importante : « ce qui me plait aujourd’hui, c’est de créer des décors toujours différents et de pouvoir progresser », la marge de progression est sans borne, et comme pour tout artiste seul le travail empirique paie. L’idée d’arriver à s’améliorer, à se surpasser même, dans le domaine esthétique est le moteur de Shero. Un message accompagne aussi tout graff extérieur, c’est celui un peu anarchisant du mariage de la performance avec la transgression, et ce au regard de tous. C’est une manière de se réapproprier l’espace urbain, et de faire entendre leur voix dans cette société de l’exclusion.

Une réalité est indéniable : parfois, le graffiti est complètement dévoyé de son sens artistique… « Je suis resté cool dans le vandalisme dans l’ensemble et j’ai toujours préféré pouvoir peindre à peu près tranquillement » déclare Shero. Un vrai bad boy ? Pas vraiment, d’ailleurs l’entourage était parfaitement conscient de ce qu’il faisait, et portait un œil « plutôt positif sur ce qu’il voyait ».

                Toile de maître

Et petit graffeur est devenu grand. « Je ne me prenais pas la tête, mes études se passaient bien. La peinture, c’était bon un moyen de prendre du plaisir, et c’est tout. L’idée de transformer tout ça en un vrai métier n’existait même pas… »

Shero travailCi-contre : en plein travail, chez un particulier.

Et pourtant. C’est bien le chemin qui a été parcouru. A ce jour, Shero vit de sa passion. « J’ai été développeur web pendant 4 ans avant de vouloir gagner de l’argent grâce à cette passion pour la peinture. Pas si évident mais j’ai eu un peu de chance et maintenant j’y arrive. Je travaille en équipe et on a des demandes constamment via notre site internet entre autres. » Tout ce qui a été son travail artistique d’extérieur paie aujourd’hui : ce qu’il a appris lui est utile. Il en est donc parfaitement satisfait, même heureux de s’être lancé dans l’aventure, puisque « jusqu’ici tout va bien »… Dans son bonheur, Shero pointe un fait important :

« le timing a été bon, le graffiti qui se démocratise, l’arrivée d’internet qui permet d’abolir les limites géographiques… »

Car internet permet la globalisation de cette forme d’art et sa mise en visibilité devant tous. Cela permet de faire émerger des talents ainsi que de donner accès et importance à une culture auparavant bien plus marginalisée.

Finalement, le graff est resté une passion pour Shero, qui cependant tient à une subtilité par rapport à avant : maintenant, il est passionné par son métier. Et ça, « c’est encore mieux » !

Bruno Lus

Crédits photos
Shero

Publication pour le site Rue89, section Culture.

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Une réflexion sur “C’est de la bombe bébé !

  1. Un très bon portrait ; bien organisé et bien relié aux actualités avec la Tour 13 ; vous pouvez résumer quelques citations si vous voudriez, juste de réduire les guillemettes dans l’article, mais cela ne gène pas énormément du tout ; bien écrit ! BP

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